
Oui. L'Espagne révolutionnaire "vous montre ce que sont les êtres humains lorsqu'ils essaient de se comporter comme des êtres humains et non comme des vendus dans la machine capitaliste." [George Orwell, Orwell en Espagne, p. 254] Au cœur de la transformation se trouvaient la CNT (Confédération nationale du travail, une union anarcho-syndicaliste) et la FAI (Fédération anarchiste ibérique). Comme l'a dit Murray Bookchin :
« En Espagne, des millions de personnes ont pris en main de grandes parties de l'économie, ils les ont collectivisées, les ont administrées, ils ont même aboli l'argent et ont vécu selon des principes communistes dans le travail et la distribution -- tout cela au milieu d'une terrible guerre civile, mais sans produire le chaos ni même les dislocations graves qui étaient et sont encore prédites par les radicaux autoritaires. » En effet, dans de nombreux domaines collectivisés, l'efficacité avec laquelle fonctionnait une entreprise dépassait de loin celle d'une entreprise comparable dans les secteurs nationalisés ou privés. Ce "shoot vert" de la réalité révolutionnaire a plus de sens pour nous que les arguments théoriques contraires les plus convaincants. Sur ce score, ce ne sont pas les anarchistes qui sont des « rêveurs eveillés irréalistes », mais leurs adversaires qui ont tourné le dos aux faits ou les ont dissimulés sans vergogne. » ["Essay d'introduction", Les collectivités anarchistes, Sam Dolgoff (éd.), p. xxxix]
Gaston Leval, anarchiste et militant de la CNT, fait remarquer que dans les régions qui ont vaincu le soulèvement fasciste du 19 juillet 1936, une profonde révolution sociale a eu lieu, principalement, sur la base d'idées anarchistes :
« En Espagne, pendant près de trois ans, malgré une guerre civile qui a coûté la vie à un million de personnes, malgré l'opposition des partis politiques, cette idée du communisme libertaire a été mise en œuvre. Très rapidement plus de 60% de la terre a été cultivée collectivement par les paysans eux-mêmes, sans propriétaires, sans patrons, et sans instituer de concurrence capitaliste pour stimuler la production. Dans presque toutes les industries, les usines, les ateliers, les services de transport, les services publics, les ouvriers manuels et intellectuels, leurs comités révolutionnaires et leurs syndicats réorganisent et administrent la production, la distribution et les services publics sans capitalistes, ni gestionnaires de haut niveau, ni autorité de l'État.
«Plus encore: les différentes collectivités agraires et industriels ont immédiatement institué l'égalité économique conformément au principe essentiel du communisme, «de chacun selon ses capacités et de chacun selon ses besoins». Ils ont coordonné leurs efforts par la libre association dans des régions entières, créé de nouvelles richesses, augmenté la production (surtout dans l'agriculture), construit plus d'écoles et amélioré les services publics. Ils n'instituaient pas une démocratie formelle bourgeoise, mais une véritable démocratie libertaire fonctionnelle de base, où chaque individu participait directement à la réorganisation révolutionnaire de la vie sociale. Ils ont remplacé la guerre entre les hommes, «survie des plus aptes», par la pratique universelle de l'entraide, et remplacé la rivalité par le principe de solidarité...
«Cette expérience, à laquelle environ huit millions de personnes ont participé directement ou indirectement, a ouvert une nouvelle voie de vie à ceux qui cherchaient une alternative au capitalisme antisocial d'une part, et au socialisme d'Etat totalitaire de l'autre.» [Opération Cit., p. 6 à 7
Ainsi, environ huit millions de personnes ont participé directement ou indirectement à la nouvelle économie libertaire pendant la courte période où elle a pu survivre aux attaques militaires des fascistes et aux attaques et sabotages des communistes et de l'État républicain. Cela suggère en soi que les idées socialistes libertaires sont de nature pratique.
De peur que le lecteur ne pense que Leval et Bookchin exagèrent les accomplissements et ignorent les échecs des collectivités espagnols, dans les sous-sections suivantes nous présenterons des détails spécifiques et répondrons à certaines objections souvent soulevées par des critiques mal informés. Nous tenterons de présenter une analyse objective de la révolution, de ses nombreux succès, de ses points forts et faibles, des erreurs commises et des leçons possibles à tirer de l'expérience, tant des succès que des échecs. Cependant, cela ne rendra guère justice à la collectivisation telle qu'elle est "en supposant une infinité de formes d'un village à l'autre, et même dans les différentes firmes collectivisées dans les villes, il y avait un élément d'improvisation et des conditions exceptionnelles en temps de guerre vécues par le pays (c'est-à-dire la guerre contre le fascisme) et les arrangements avaient leurs défauts ainsi que leurs bons points."[Jose Peirats, La CNT dans la révolution espagnole, vol. 1, p. 223]
Cette révolution d'influence libertaire a (généralement) été ignorée par les historiens, ou son existence mentionnée au passage. Certains soi-disant historiens et « investigateurs objectifs » l'ont calomnié et ont menti sur le rôle que les anarchistes y jouaient. Les historiens communistes sont particulièrement peu fiables (pour employer un mot poli pour leurs activités) mais il semble que presque chaque point de vue politique ait fait cela (y compris les libéraux, les « libertariens », les staliniens, les trotskystes, les marxistes, etc.). Donc toute tentative d'enquêter sur ce qui s'est réellement passé en Espagne et le rôle des anarchistes est sujet à beaucoup de difficultés. De plus, le rôle positif joué par les anarchistes dans la révolution et les résultats positifs de nos idées lorsqu'elles sont appliquées dans la pratique sont également minimisés, sinon ignorés. En effet, les fausses représentations du mouvement anarchiste espagnol sont carrément étonnantes (voir le merveilleux livre de Jérôme R. Mintz Les anarchistes de Casa Viejas et l'article de J. Romero Maura "L'affaire espagnole" [Anarchisme aujourd'hui, J. Joll et D. Apter (eds.)] pour une réfutation de plusieurs des affirmations standard et des distorsions sur le mouvement anarchiste espagnol par des historiens). Les mythes générés par les marxistes de différentes nuances sont peut-être les plus étendus (voir l'annexe sur "Marxistes et anarchisme espagnol" pour une réponse à certains des plus communs).
Tout ce que nous pouvons faire ici est de présenter un résumé de la révolution sociale qui a eu lieu et de tenter d'exploser quelques-uns des mythes qui ont été créés autour du travail de la CNT et de la FAI pendant ces années. Nous devons souligner que cela ne peut être qu'une brève introduction à la révolution espagnole. Nous nous concentrons sur les aspects économiques et politiques de la révolution, car nous ne pouvons pas tout couvrir. Nous devons toutefois mentionner les transformations sociales qui ont eu lieu dans toute l'Espagne non fasciste. La révolution a vu les relations sociales traditionnelles entre les hommes et les femmes, les adultes et les enfants, individus et individues transformés, révolutionnés de manière libertaire. Le militant de la CNT Abel Paz a donné une bonne idée de ce qui s'est passé :
« L'industrie est entre les mains des travailleurs et tous les centres de production arborent les drapeaux rouges et noirs ainsi que les inscriptions annonçant qu'ils sont réellement devenus collectivisés. La révolution semble universelle. Les changements sont également évidents dans les relations sociales. Les anciennes barrières qui avaient servi à séparer arbitrairement les hommes et les femmes ont été détruites. Dans les cafés et autres lieux publics il y a un mélange des sexes qui aurait été complètement inimaginable avant. La révolution a introduit un caractère fraternel aux relations sociales qui se sont développées avec la pratique et montrent clairement que le vieux monde est mort.» [Durruti: Le peuple armé, p. 243]
La transformation sociale a donné le pouvoir aux individus et ceux-ci, en retour, ont transformé la société. La militante anarchiste Enriqueta Rovir présente une image vivante de l'autolibération que la révolution a engendrée:
« L'atmosphère était alors très spéciale. C'était magnifique. Un sentiment de - comment le dire - de pouvoir, non pas dans le sens de la domination, mais dans le sens des choses sous notre contrôle, pour n'importe qui. des possibilités. Nous avions Tout. Nous avions Barcelone : C'était à nous. Tu sortais dans la rue, et tout était à nous. un comite de ceci ou cela. C'était totalement différent. Plein de possibilités. Un sentiment que nous pourrions, vraiment Faire quelque chose, ensemble. Que nous pourrions rendre les choses différentes." [cité par Martha A. Ackelsberg et Myrna Margulies Breithart, "Terrains de protestation: les femmes des villes striantes", p. Notre génération, vol. 19, no 1, p. 164 à 5)
De plus, la transformation de la société qui s'est produite pendant la révolution s'est étendue à tous les domaines de la vie et du travail. Par exemple, la révolution a vu "la création d'un syndicat des travailleurs de la santé, une véritable expérience en médecine sociale. Ils ont fourni une assistance médicale et ouvert des hôpitaux et des cliniques.» [Juan Gomez Casas,Organisation anarchiste : L'histoire de la FAI, p. 192] Nous discutons cet exemple en détail dans la section I.5.12 qu'on ne fera pas ici. Nous insistons simplement sur le fait que cette section de la FAQ n'est qu'une introduction à ce qui s'est passé et on ne discute pas (en fait, on ne peut pas) de tous les aspects de la révolution. Nous venons de présenter un aperçu des aspects libertaires de la révolution, de l'organisation de l'autogestion des travailleurs, de l'organisation des collectivités et de leurs actions.
Inutile de dire que de nombreuses erreurs ont été commises pendant la révolution. Nous signalons et discutons de certaines d'entre elles dans ce qui suit. De plus, une bonne partie de ce qui s'est passé ne correspond pas exactement à ce que beaucoup considèrent comme les étapes essentielles d'une révolution communiste (libertaire ou autre). Il ne faut pas non plus ignorer qu'elle reflétait en grande partie les objectifs fixés par la CNT elle-même avant la révolution. Sur le plan économique, par exemple, les collectivités elles-mêmes ont un développement inattendu, fondé sur des principes libertaires mais qui reflète aussi la réalité de la situation dans laquelle se trouvent les militants de la CNT. On peut dire la même chose du fait que peu de collectivités ont atteint au-delà du mutualisme ou du collectivisme en dépit de la CNT en recherche d'une économie communiste libertaire. Politiquement, la crainte d'une victoire fasciste a fait accepter la collaboration avec l'État comme un moindre mal. Cependant, rejeter la Révolution espagnole parce qu'elle ne répondait pas aux idéaux établis à l'avance par une poignée de révolutionnaires serait une absurdité sectaire et élitiste. Aucune révolution ouvrière n'est pure, aucune lutte de masse n'est sans ses contradictions, aucune tentative de changer la société n'est parfaite. "Ce n'est que ceux qui ne font rien qui ne font aucune erreur," comme Kropotkine l'a si correctement énoncé. [Anarchisme, p. 143] La question est de savoir si la révolution crée un système avec des institutions qui permettront aux acteurs concernés de discuter des problèmes auxquels ils sont confrontés, de pouvoir changer les décisions prises et de corriger les erreurs qu'ils commettent. En cela, la Révolution espagnole a clairement réussi, en créant des organisations basées sur l'initiative, l'autonomie et le pouvoir des travailleurs.
Pour plus d'informations sur la révolution sociale, l'anthologie de Sam DolgoffLes collectivités anarchistes est un excellent point de départ. Gaston Leval's Les collectivités dans la révolution espagnole est un autre texte essentiel. Jose Peirats ' Anarchistes dans la révolution espagnole et son histoire quasi officielle en trois volumes La CNT dans la révolution espagnole sont des travaux clés. Vernon Richards ' Leçons de la révolution espagnole est un excellent travail anarchiste critique sur la révolution et le rôle des anarchistes. Espagne 1936-1939 : Révolution sociale et contre-révolution (édité par Vernon Richards) est une collection d'articles utiles de l'époque. Avec Abel Paz Durruti dans la révolution espagnole c'est une biographie classique du militant le plus célèbre de l'anarchisme espagnol (c'est une version élargie de son précédent Durruti: Le peuple armé). Les opinions d'Emma Goldman sur la Révolution espagnole sont recueillies dans Vision sur le feu.
Chez Robert Alexander Les anarchistes dans la guerre civile espagnole est un bon aperçu général du rôle des anarchistes dans la révolution et la guerre civile, tout comme Burnett Bolloten La guerre civile espagnole. Daniel Guérin dans L'anthologie de l'anarchisme Ni Dieu, Ni Maîtres avec deux sections de la Révolution espagnole, l'une spécifiquement sur les collectivités. L'excellent essai de Noam Chomsky "Objectif et bourse libérale" indique comment les livres libéraux sur la guerre civile espagnole peuvent être trompeurs, injustes et de nature essentiellement idéologique (ce texte classique peut être trouvé dans Chomsky sur l'anarchisme, Le lecteur Chomskyet La puissance américaine et les nouveaux mandarins) . Chez George Orwell Hommage à la Catalognene peut être vue que comme une introduction sur le sujet (Orwell était dans la milice du POUM au Front d'Aragón et était à Barcelone pendant les jours de mai de 1937). Ce récit classique est contenu avec d'autres œuvres d'Orwell sur le conflit dans l'anthologie Orwell en Espagne. Chez Murray Bookchin Les anarchistes espagnols est une histoire utile, mais qui se termine lorsque la révolution prend fin et ça doit donc être complété par son Pour se souvenir de l'Espagne et l'essai "Regarder l'Espagne". Chez Stuart Christie Nous, les anarchistes ! est une histoire importante de la Fédération anarchiste ibérique.
Au contraire. Plus de travailleurs urbains ont participé à la révolution qu'à la campagne. Ainsi, s'il est vrai que la collectivisation a été étendue dans les zones rurales, la révolution a également marqué les zones urbaines et l'industrie.
Au total, les "régions les plus touchées" par la collectivisation « La Catalogne et l'Aragón, où environ 70 % des effectifs étaient impliqués. Le total pour l'ensemble de la territoire républicain était de près de 800 000 sur les terres et un peu plus d'un million dans l'industrie. Dans Barcelone, les comités de travailleurs ont pris en charge tous les services, le monopole pétrolier, les compagnies maritimes, les entreprises d'ingénierie lourde comme Volcano, la compagnie automobile Ford, les entreprises chimiques, l'industrie textile et une foule de petites entreprises . . . Les services tels que l'eau, le gaz et l'électricité travaillaient sous une nouvelle gestion dans les heures qui ont suivi l'assaut de la caserne d'Atarazanas... une conversion des usines appropriées pour une production de guerre a fait que les préoccupations métallurgiques avaient commencé la production de voitures armées dès le 22 juillet... Les travailleurs industriels de Catalogne étaient les plus qualifiés en Espagne... L'un des exploits les plus impressionnants de ces premiers temps a été la résurrection du système de transport public à une époque où les rues étaient encore jonchées et barricadées. » Cinq jours après l'arrêt des combats, 700 tramways plutôt que les 600 habituels, tous peints dans les couleurs noires et rouges de la CNT-FAI, opéraient à Barcelone. [Antony Beevor, La guerre civile espagnole, p. 91-2)
Environ 75% de l'industrie espagnole était concentrée en Catalogne, le bastion du mouvement ouvrier anarchiste, et une large collectivisation des usines y a eu lieu. Comme Sam Dolgoff l'a fait remarquer à juste titre, cela "réfute de façon décisive l'allégation selon laquelle les principes organisationnels anarchistes ne s'appliquent pas aux zones industrielles et, dans l'affirmative, uniquement aux sociétés agraires primitives ou aux communautés expérimentales isolées." [Les collectivités anarchistes, p. 7 à 8]. Selon Augustin Souchy:
«Il n'est pas simple de collecter et de placer sur des fondations fermes une industrie employant près d'un quart de million de travailleurs du textile dans des dizaines d'usines dispersées dans de nombreuses villes. Mais l'union textile syndicaliste de Barcelone a accompli cet exploit en peu de temps. C'était une expérience extrêmement importante. La dictature des patrons a été renversée, et les salaires, les conditions de travail et la production ont été déterminés par les travailleurs et leurs délégués élus. Tous les fonctionnaires devaient suivre les instructions des membres et faire un rapport directement aux hommes en poste et aux réunions syndicales. La collectivisation de l'industrie textile brise une fois pour toutes la légende selon laquelle les travailleurs sont incapables d'administrer une grande entreprise complexe. » [Opération Cit., p. 94]
De plus, dans les années 30, l'Espagne était pas un pays paysan arriéré, comme on le suppose parfois. Entre 1910 et 1930, la classe ouvrière industrielle a plus que doublé pour atteindre plus de 2 500 000. Cela représentait un peu plus de 26% de la population active (contre 16% vingt ans auparavant). En 1930, seulement 45 % de la population active travaillait dans l'agriculture. [Ronald Fraser, Le sang de l'EspagneEn Catalogne seulement, 200 000 travailleurs étaient employés dans l'industrie textile et 70 000 dans le travail des métaux et la fabrication de machines. C'était très différent de la situation en Russie à la fin de la Première Guerre mondiale, où la classe ouvrière urbaine ne représentait que 10% de la population.
Les relations sociales capitalistes avaient également pénétré l'économie rurale dans les années 1930, l'agriculture étant orientée vers le marché mondial et environ 90 % des terres agricoles étaient entre les mains de la bourgeoisie. [Fraser, Opération Cit., p. 37] Ainsi, en 1936, l'agriculture était avant tout capitaliste, l'agro-industrie espagnole employant un grand nombre d'ouvriers qui ne possédaient pas suffisamment de terres pour subvenir à leurs besoins ou alors ils étaient sans terre. Le mouvement ouvrier dans les campagnes espagnoles dans les années 1930 était précisément basé sur cette grande population de salariés ruraux (le syndicat socialiste UGT des travailleurs fonciers comptait 451 000 membres en 1933, 40% de son adhésion totale, par exemple). En Russie à l'époque de la révolution de 1917, l'agriculture se composait principalement de petites fermes sur lesquelles les familles paysannes travaillaient principalement pour leur propre subsistance, le troc ou la vente de leur surplus.
Par conséquent, la révolution espagnole ne peut être considérée comme un produit de la société préindustrielle. Les collectivisations urbaines ont eu lieu principalement dans la partie la plus industrialisée de l'Espagne et cela indique que les idées anarchistes s'appliquent aux sociétés modernes. En effet, malgré les mythes marxistes, la CNT a organisé la plupart de la classe ouvrière urbaine syndiquée et, à l'intérieur, les travailleurs agricoles ont été une minorité de ses membres (en 1936, la CNT faisait des percées à Madrid, autrefois un fief socialiste alors que la principale zone de croissance de l'UGT dans les années 1930 était, ironiquement, avec les travailleurs ruraux). La révolution en Espagne a été le travail (essentiellement) des travailleurs salariés ruraux et urbains (joints aux paysans pauvres) qui combattaient un système capitaliste bien développé.
En résumé, la révolution anarchiste en Espagne a de nombreuses leçons pour les révolutionnaires dans les pays capitalistes développés et ne peut être rejetée comme un produit du retard industriel. La force principale du mouvement anarchiste réside dans les zones urbaines et, sans surprise, la révolution sociale a eu lieu tant dans les zones les plus industrialisées que sur les terres.
L'anarchisme révolutionnaire fut introduit en Espagne en 1868 par Giuseppi Fanelli, un associé de Michel Bakounine, et il trouva un sol fertile parmi les ouvriers et les paysans. Les historiens, qui notent avec esprit que Bakounine a envoyé quelqu'un qui ne parlait pas espagnol pour répandre son message en Espagne, oublient à quel point les langues latines sont proches les unes des autres. Fanelli était plus que capable d'être compris par ses hôtes parlant espagnols et catalans qui, il faut le noter, connaissaient déjà les idées de Proudhon. La principale raison pour laquelle les idées de Bakounine ont eu un tel soutien en Espagne était qu'elles reflétaient des idées qu'elles avaient déjà développées elles-mêmes. Les paysans soutenaient l'anarchisme en raison de la tradition rurale du collectivisme ibérique qui existait depuis des générations. Les travailleurs urbains l'ont soutenu parce que ses idées d'action directe, de solidarité et de libre fédération des syndicats correspondaient à leurs besoins dans leur lutte contre le capitalisme et l'État. Il n'était pas nécessaire de dire que le capitalisme était oppressif et exploiteur ou que l'État existait pour défendre ce système de classe. De plus, de nombreux travailleurs espagnols étaient bien conscients des dangers de la centralisation et la tradition républicaine en Espagne était fortement influencée par les idées fédéralistes (en partie venu du travail de Proudhon tel que popularisé par Pi y Margall, bientôt devenu président de la première République). Le mouvement s'est étendu dans les campagnes et les villes en tant qu'organisateurs syndicaux urbains et des militants anarchistes visitaient des villages, des paysans et des travailleurs agricoles sans terre qui sont venus dans des villes industrielles, comme Barcelone, à la recherche d'un emploi. Dès le début, l'anarchisme en Espagne était associé au mouvement ouvrier (comme le souhaitait Bakounine) et les anarchistes avaient donc un contexte pratique pour appliquer leurs idées et diffuser le message anarchiste. En appliquant leurs principes dans la vie quotidienne, les anarchistes espagnols ont veillé à ce que les idées anarchistes deviennent courantes et acceptées dans une grande partie de la population. Cette acceptation de l'anarchisme ne peut être séparée de la structure et de la tactique de la CNT et de ses précurseurs. La pratique de l'action directe et de la solidarité encouraga les travailleurs à compter sur eux-mêmes, à identifier et à résoudre leurs propres problèmes. La structure décentralisée des syndicats anarchistes a eu un effet éducatif de leurs membres. En discutant des questions, des luttes, des tactiques, des idéaux et de la politique dans leurs assemblées syndicales, les membres de l'union se sont éduqués eux-mêmes et, par le processus d'autogestion dans la lutte, ils se sont préparés à une société libre. La structure organisationnelle même de la CNT assurait la domination des idées anarchistes et l'évolution politique du membre du syndicat. Comme l'a dit un militant de la CNT de CasasViejas, de nouveaux membres "demandaient trop, parce qu'ils manquaient d'éducation. Ils pensaient pouvoir atteindre le ciel sans échelle... ils commençaient à apprendre... Il y avait de la bonne foi mais le manque d'éducation. C'est pourquoi nous soumettions des idées à l'assemblée, et les mauvaises idées étaient rejetées. [cité par Jérôme R. Mintz, Les anarchistes de Casas Viejas, p. 27] C'est en travaillant dans les réunions syndicales que les anarchistes ont influencé leurs collègues. L'idée que les anarchistes, à travers la FAI, contrôlaient la CNT est un mythe. Les anarchistes de la CNT ne sont pas tous membres de la FAI, par exemple. Presque tous les membres de la FAI étaient également des membres de base de la CNT qui participaient aux réunions syndicales à égalité. Les anarchistes n'étaient pas tous membres de la FAI. José Borras Casacarosa a confirmé que «Il faut reconnaître que la FAI n'est pas intervenue dans la CNT par au dessus ou d'une manière autoritaire, comme d'autres partis politiques dans les syndicats. Il l'a fait à travers des militants de la base... les décisions qui ont déterminé les objectifs de la CNT ont été prises sous la pression constante de ces militants." Jose Campos a noté que les militants de la FAI « visant à rejeter le contrôle des comités confédéraux et à ne les accepter que dans des cas précis [...] si quelqu'un proposait une motion à l'assemblée, les autres membres de la FAI l'appuieraient, généralement avec succès. C'était la position individuelle du faiste en assemblée ouverte." [cité par Stuart Christie, Nous, les anarchistes, p. 62] Cela explique le succès de l'anarchisme dans la CNT. Les idées, les principes et les tactiques anarchistes, soumises aux assemblées syndicales, se sont révélés être de bonnes idées et n'ont pas été rejetés. La structure de l'organisation, en d'autres termes, a influé de manière décisive le contenu des décisions prises sous forme d'idées, de tactiques, de politiques syndicales et bientôt discutées par les membres et celles qui s'appliquent le mieux à la vie des membres qui ont été acceptées et mises en œuvre. Les assemblées de la CNT ont montré la validité des arguments de Bakounine en faveur des syndicats autogérés comme moyen d'assurer le contrôle des travailleurs de leur propre destinée et organisation. Comme il le dit, "Les sections [syndicales] pourraient défendre leurs droits et leur autonomie [contre la bureaucratie syndicale] d'une seule manière: les travailleurs appelaient à des assemblées générales des membres... Dans ces grandes réunions des sections, les points à l'ordre du jour étaient amplement discutés et l'avis le plus progressiste a prévalu.» [Bakounine sur l'anarchisme, p. 247]. La CNT a été construite sur les "assemblées populaires", avec le même effet radicalisant. Il a montré, dans la pratique, que les patrons (capitalistes aussi bien que syndicaux) n'étaient pas nécessaires - que les travailleurs peuvent gérer leurs propres affaires directement. En tant qu'école de l'anarchisme, ça ne pouvait pas être mieux du fait que ça montrait que les principes anarchistes n'étaient pas utopiques. La CNT, en se basant sur l'autogestion ouvrière de la lutte de classe, a préparé ses membres à l'autogestion de la révolution et de la nouvelle société. La Révolution espagnole montre également l'importance de l'éducation et des médias anarchiste. Dans un pays où le taux d'analphabétisme est très élevé, d'énormes quantités de littérature sur la révolution sociale ont été diffusées et lues lors de réunions à l'intention de ceux qui ne pouvaient pas lire. Les idées anarchistes ont été largement discutées: "Il y a eu des dizaines de milliers de livres, brochures et tracts, des expériences culturelles et éducatives populaires (les écoles Ferrer) vastes et audacieuses qui ont touché presque tous les villages et hameaux d'Espagne." [Sam Dolgoff, Les collectivités anarchistes, p. 27]. Le débat sur les idées politiques, économiques et sociales a été continu, et « le centro [la salle syndicale locale] est devenu le lieu de rassemblement pour discuter de questions sociales et pour rêver et planifier l'avenir. Ceux qui aspiraient à apprendre à lire et à écrire s'asseyaient autour... pour étudier." [Mintz, Opération Cit., p. 160].
Un militant anarchiste l'a décrit comme suit : "Avec quelle joie les orateurs ont été reçus chaque fois qu'une réunion a eu lieu... Cette nuit-là, nous parlions de tout : de l'inégalité du régime et de la façon dont on avait droit à une vie sans égoïsme, sans haine, sans guerres et sans souffrance. Nous avons été appelés une autre fois et une foule s'est rassemblée plus grande que la première fois. C'est ainsi que le peuple a commencé à évoluer, luttant contre le régime actuel pour gagner quelque chose par lequel ils pourraient se soutenir, et rêvant du jour où il serait possible de créer cette société que certains dépeignent dans des livres, d'autres par bouche à oreille. Avides d'apprendre, ils lisent tout, débattent, discutent et discutent des différents modes d'existence sociale parfaite.» [Perez Cordon, cité par Mintz, Opération Cit., p. 158] Les journaux et les périodiques étaient extrêmement importants. En 1919, plus de 50 villes d'Andalousie avaient leur propre journal libertaire. En 1934, la CNT comptait environ un million d'adhérents et la presse anarchiste couvrait toute l'Espagne. À Barcelone, le CNT a publié un quotidien, Solidaridad Obrera (Solidarité des travailleurs), avec un tirage de 30 000 exemplaires. Le magazine de la FAI Tierra y libertad (Terre et Liberté) avait une diffusion de 20 000. À Gijon il y avait Vida Obrera (Vie ouvrière), à Séville El Productor (Le producteur) et à Saragosse Accion y Cultura (Action et Culture), chacun avec une large circulation. Il y en avait beaucoup d'autres. Les anarchistes ont aussi organisés des écoles libertaires, des centres culturels, des coopératives, des groupes anarchistes (FAI), des groupes de jeunes (Jeunesse libertaire) et des organisations de femmes (mouvement des femmes libres). Ils ont appliqués leurs idées dans tous les domaines de la vie et ont veillés à ce que les gens ordinaires voient que l'anarchisme est pratique et pertinent pour eux. C'était la grande force du mouvement anarchiste espagnol. C'était un mouvement "qui, en plus de posséder une idéologie révolutionnaire [sic], était également capable de mobiliser des actions autour d'objectifs fermement enracinés dans la vie et les conditions de la classe ouvrière... C'est cette capacité périodique d'identifier et d'exprimer des besoins et des sentiments largement ressentis, qui, avec sa présence au niveau communautaire, a constitué la base de la force de l'anarchisme radical et lui a permis de construire une base de soutien massive.» [Nick Rider, "La pratique de l'action directe: la grève des loyers de 1931 à Barcelone", p. 79 à 105, Pour l'anarchisme, David Goodway (Ed.), p. 99] L'historienne Temma Kaplan l'a souligné dans son travail sur les andalous. Elle a soutenu que les anarchistes étaient "enracinés dans" la vie sociale et créaient "un mouvement solidement ancré dans la culture ouvrière.". Ils ont "formés des syndicats, des groupes d'affinité tels que les sections des femmes au foyer et de larges associations culturelles telles que les cercles ouvriers, où la presse anarchiste était lue et discutée." Leurs « grande force [...] réside dans la fusion des traditions syndicales communautaires et militantes. Dans les villes où la grande majorité travaillait dans l'agriculture, les syndicats de travailleurs agricoles sont venus à être identifiés avec la communauté dans son ensemble... l'anarchisme... a montré que les revendications des travailleurs agricoles et des prolétaires pouvaient être combinées avec le soutien communautaire pour créer une situation insurrectionnelle... Ce serait une erreur de prétendre que l'anarchisme villageois en Andalousie était distinct du syndicalisme militant, ou que le mouvement était une religion de substitution. » [Anarchistes d'Andalousie: 1868-1903, p. 211, p. 207 et p. 204 à 5) Les anarchistes espagnols, avant et après la formation de la CNT, se sont battus dans et hors de l'usine pour des questions économiques, sociales et politiques. Ce refus des anarchistes d'ignorer n'importe quel aspect de la vie a permis à beaucoup de gens d'entendre leur message, un message basé sur les idées de la liberté individuelle. Un tel message ne pouvait que radicaliser les travailleurs pour que "les exigences de la CNT soient allées bien plus loin que celles de tout social-démocrate: en mettant l'accent sur la véritable égalité, l'autogestion et la dignité de la classe ouvrière, l'anarchosyndicalisme a fait des revendications que le système capitaliste ne pouvait peut-être pas accorder aux travailleurs." [J. Romero Maura, "L'affaire espagnole", p. 60 à 83, Anarchisme aujourd'hui, D. Apter et J. Joll (éd.), p. 79] Les grèves, en raison de l'absence de fonds de grève, dépendaient de l'aide mutuelle à gagner, ce qui favorisait un fort sentiment de solidarité et de conscience de classe au sein de la CNT. Les grèves n'impliquaient pas seulement des travailleurs. Par exemple, les travailleurs de Jerez ont répondu aux patrons importateurs de travailleurs de Malaga "avec leur propre arme, un boycott de ceux qui utilisent des briseurs de grève. Les boycotts les plus notables ont été les propriétaires fonciers près de Jerez qui avaient également des établissements commerciaux dans la ville. Les ouvriers et leurs épouses refusèrent d'y acheter, et les femmes s'installèrent à proximité pour décourager les autres acheteurs.» [Mintz, Opération Cit., p. 102] La structure et la tactique de la CNT ont encouragé la politisation, l'initiative et les compétences organisationnelles de ses membres. Il s'agissait d'un organisme fédéral décentralisé, fondé sur une discussion directe et la prise de décision depuis le bas vers le haut ("La tradition de la CNT était de tout discuter et d'examiner", comme l'a dit un militant). En outre, la CNT a créé un exemple viable et pratique d'une méthode alternative par laquelle la société pourrait être organisée. Une méthode basée sur la capacité des gens ordinaires à diriger eux-mêmes la société et qui a montré dans la pratique que les autorités dirigeantes spécialisées sont indésirables et inutiles. Cela a produit une classe ouvrière révolutionnaire telle que le monde a rarement vue. Comme l'a souligné José Peirats, "au-dessus du niveau syndical, la CNT était une organisation éminemment politique, une organisation sociale et révolutionnaire d'agitation et d'insurrection." [Anarchistes dans la révolution espagnole, p. 239]. La CNT était organisée de manière à encourager la solidarité et la conscience de classe. Son organisation était fondée sur le sindicato unico (un syndicat unique) qui unissait tous les travailleurs d'un même lieu de travail dans le même syndicat. Au lieu d'organiser par le métier, et ainsi de diviser les travailleurs dans de nombreux syndicats, la CNT a uni tous les travailleurs dans un lieu de travail dans la même organisation, tous les métiers, qualifiés et non qualifiés, ont été dans une seule organisation et ainsi la solidarité a été renforcée et encouragée ainsi que l'augmentation de leur pouvoir de combat en éliminant les divisions au sein de la main-d'œuvre. Tous les syndicats d'une région étaient liés à une fédération locale, les fédérations locales à une fédération régionale, etc. Comme l'a soutenu J. Romero Maura, "la base territoriale de l'articulation organisationnelle a permis à tous les travailleurs d'un même secteur d'être solidaires de la classe ouvrière au-dessus de la solidarité [industrielle ou commerciale] des entreprises." [Opération Cit.p. 75] Ainsi, la structure de la CNT encourageait la solidarité et la conscience de classe. En outre, le syndicat, fondé sur l'action directe et l'autogestion, veilleait à ce que les travailleurs s'habituent à gérer leurs propres luttes et à agir pour eux-mêmes. Cela les a préparés à gérer leurs propres intérêts personnels et collectifs dans une société libre (comme en témoigne le succès des collectivités autogérés créés dans la révolution). Ainsi, le processus de lutte autogérée et d'action directe a préparé les gens aux nécessités de la révolution sociale et de la société anarchiste -- ça a produit, comme l'a souligné Bakounine, les semences du futur dans le présent. En d'autres termes, "la voie de la radicalisation est venue de la participation directe à la lutte et à la conception d'institutions sociales alternatives.". Chaque grève et chaque action ont permis aux acteurs concernés de créer une alternative viable au système existant. Par exemple, alors que les grèves et les manifestations alimentaires à Barcelone à la fin de la Première Guerre mondiale "n'ont pas renversé le gouvernement, les modèles d'organisation établis ont ensuite fourni des modèles pour le mouvement anarchiste pendant des années suivantes." [Martha A. Ackelsberg et Myrna Margulies Breithart, "Terrains de protestation: les femmes des villes striantes", p. Notre génération, vol. 19, no 1, p. 164]. On pourrait dire la même chose de chaque grève, qui a confirmé la tension de Bakounine et Kropotkine au sujet de la grève comme créant non seulement la conscience de classe et la confiance, mais aussi les structures nécessaires pour non seulement combattre le capitalisme, mais pour le remplacer. En résumé, alors, l'anarchisme a gagné le soutien de masse de par la participation des anarchistes aux luttes et mouvements de masse, montrant que ces idées et idéaux étaient applicables aux expériences de la classe ouvrière. En fait, demander pourquoi l'anarchisme a gagné un soutien de masse en Espagne suppose, dans une certaine mesure, implicitement, pour des marxistes de différentes nuances, que seul le socialisme d'état reflèterait les besoins des travailleurs. Commentant la question de savoir pourquoi les mouvements sociaux-démocrates ou communistes n'ont pas remplacés l'anarchisme en Espagne, l'historien J. Romero Maura soulignait à juste titre que c'"est basé sur l'hypothèse fausse que la conception anarcho-syndicaliste de la lutte ouvrière dans la société pré-révolutionnaire était complètement en contradiction avec ce que le réel processus social signifié (d'où la référence constante aux modèles « religieux » « messianiques » comme explications). Après avoir discuté et réfuté cinq suggestions communes pour le succès de l'anarchisme en Espagne, il conclua que l'"explication du succès de l'anarcho-syndicalisme espagnol dans l'organisation d'un mouvement de masse avec un Elan révolutionnaire soutenu devrait d'abord être recherchée dans la nature même de la conception anarchiste de la société et de la manière de réaliser la révolution." [Opération Cit. p. 78 et 65] C'est la nature révolutionnaire de la CNT qui créa un membre militant qui était disposé et capable d'utiliser l'action directe pour défendre sa liberté. Contrairement au marxiste qui dirigeait les ouvriers allemands, organisait de manière centralisée et formait à l'obéissance requise par la hiérarchie, ce qui n'a pas formé pour arrêter Hitler, la classe ouvrière espagnole (comme ses camarades dans les syndicats anarchistes en Italie) s'est rendue dans les rues pour arrêter le fascisme. La révolution en Espagne n'a pas « simplement eu lieu »; c'est le résultat de près de soixante-dix ans d'agitation anarchiste persistante et de lutte révolutionnaire, y compris une longue série de grèves, de protestations, de boycotts, de soulèvements et d'autres formes d'action directe qui ont préparé les paysans et les travailleurs à organiser la résistance populaire à la tentative de coup d'État fasciste en juillet 1936 et à prendre le contrôle de la société lorsqu'ils l'ont vaincue dans les rues.
Martha A. Ackelsberg nous donne un excellent résumé de l'organisation des collectivités industrielles: «Les structures préexistantes de l'organisation des travailleurs ont permis aux travailleurs de reprendre une grande partie de l'économie industrielle, en particulier en Catalogne... Des comités d'usine se sont constitués pour diriger la production et la coordination avec d'autres unités de la même industrie. Les organisations syndicales ont coordonné la production et la distribution des biens manufacturés entre les industries et les régions. Dans la plupart des industries collectivisées, les assemblées générales des travailleurs ont décidé de la politique, tandis que les comités élus géraient les affaires au quotidien." [Femmes libres d'Espagne, p. 100] Les collectivités étaient basés sur l'autogestion démocratique des travailleurs de leur lieu de travail, utilisant des actifs productifs qui étaient sous la tutelle de l'ensemble de la communauté active et administrés par les fédérations d'associations ouvrières : "Les collectivités organisés pendant la guerre civile espagnole étaient des associations économiques ouvrières sans propriété privée. Le fait que les usines collectivisées soient gérées par ceux qui y travaillent ne signifie pas que ces établissements deviennent leur propriété privée. La collectivité n'avait pas le droit de vendre ou de louer tout ou partie de l'usine ou de l'atelier collectivisé. Le gardien légitime était la CNT, la Confédération nationale des travailleurs. Mais même la CNT n'avait pas le droit de faire ce qu'elle voulait. Tout devait être décidé et ratifié par les travailleurs eux-mêmes par le biais de conférences et de congrès." [Augustin Souchy, Les collectivités anarchistes, p. 67] En Catalogne "chaque usine a élu son comité administratif composé de ses travailleurs les plus compétents. Selon la taille de l'usine, la fonction de ces comités comprenait l'organisation interne des usines, les statistiques, les finances, la correspondance et les relations avec d'autres usines et avec la communauté. Plusieurs mois après la collectivisation, l'industrie textile de Barcelone a été bien mieux façonnée que sous la gestion capitaliste. Voici un autre exemple montrant que le socialisme de base d'en bas ne détruit pas l'initiative. L'avidité n'est pas la seule motivation dans les relations humaines." [Souchy, Op. Cit., p 95] Ainsi, la collectivité d'individus était basé sur une assemblée de masse de ceux qui y travaillaient. Cette assemblée nomma le personnel administratif chargé d'appliquer les décisions de l'assemblée et qui devait rendre compte à cette assemblée. Exemple, à Castellon de la Plana «Le conseil technique et administratif a présenté à l'assemblée générale du Syndicat un rapport qui si nécessaire était examiné et discuté, et finalement présenté lorsque cette majorité le jugeait utile. Ainsi, toutes les activités étaient connues et contrôlées par tous les travailleurs. Nous trouvons ici un exemple pratique de démocratie libertaire.» [Gaston Leval, Les collectivités dans la révolution espagnole, p. 303]. La puissance reposait sur la base de la collectivité, avec "toutes les décisions importantes prises par les assemblées générales des travailleurs" qui « avec une large participation et une tenue régulière [...] si un administrateur faisait quelque chose que l'assemblée générale n'avait pas autorisé, ça serait probablement posé à la prochaine réunion. ». La société Casa Rivieria en donne un exemple. Après la défaite du coup d'Etat "un comité de contrôle a été nommé par le syndicat des travailleurs de la metallurgie de Barcelone pour prendre le contrôle temporaire des entreprises ... Quelques semaines après le 19 juillet, il y a eu le premier rassemblement général des travailleurs de l'entreprise... qui a élu un comité d'entreprise (Comite de Empresa) pour prendre le contrôle de l'entreprise sur une base plus permanente... Chacune des quatre sections de l'entreprise, les trois usines et le bureau du personnel, tient ses propres assemblées générales au moins une fois par semaine. Ils y ont discuté de questions allant des affaires les plus importantes aux affaires les plus banales. [Robert Alexander, Les anarchistes dans la guerre civile espagnole, vol. 1, p. 469 et p. 532 En résumé, les collectivités espagnols ont été marqués par l'autogestion sur les lieux de travail. Ils ont réalisé avec succès l'objectif libertaire de longue date de faire passer l'industrie d'une autocratie à une démocratie, de remplacer le travail salarié par le travail libre fondé sur l'association des égaux (voir section I.3.1). Cependant, ce serait une erreur de supposer (comme beaucoup, en particulier les marxistes) que la CNT et la FAI considéraient la création de collectivités autogérés comme la fin de la révolution. Loin de là. Bien qu'ils incarnent des principes libertaires clés comme l'autogestion des travailleurs, ils sont fondamentalement le produit de deux choses, les idées anarchistes et la situation spécifique dans laquelle ils ont été créés. Plutôt que de chercher un système de coopératives de producteurs, la CNT s'est engagée à la pleine socialisation de l'économie et à la création d'un communisme libertaire. Les collectivités étaient donc perçus comme un développement vers cet objectif plutôt que comme une fin en soi. De plus, comme le souligne l'historien Ronald Fraser, il "était douteux que la CNT ait sérieusement envisagé la collectivisation de l'industrie avant cette époque." [Le sang de l'Espagne, p. 212]. La politique de la CNT était opposée au décret de collectivisation [NDT : nationalisation] du gouvernement catalan, par exemple, qui formalisait (et contrôlait) les acquis spontanés de la révolution exprimés par les collectivités. Par conséquent, les collectivités étaient (initialement) une forme d'"autogestion à cheval entre le capitalisme et le socialisme, que nous maintenons, n'aurait pas eu lieu si la Révolution avait pu s'étendre pleinement sous la direction de nos syndicats". En d'autres termes, la révolution a vu l'abolition du travail salarié, mais pas du système des salaires. Ainsi le capitalisme a été remplacé par le mutualisme, et non le socialisme souhaité par la plupart des anarchistes (à savoir le communisme libertaire). Comme le développement économique et politique est étroitement lié, la CNT n'ayant pas réalisé l'aspect politique de la révolution, ça signifie que la révolution dans l'économie est vouée à l'échec. Comme l'a souligné Leval, "les collectivités industrielles, en particulier dans les grandes villes, ont procédé différemment en raison de facteurs contradictoires et de l'opposition créée par la coexistence de courants sociaux émanant de différentes classes sociales." [Gaston Leval, Les collectivités dans la révolution espagnole, p. 227 à 8 et p. 227] Que les premières formes de la révolution ne soient pas comme prévu ne devraient peut-être pas surprendre. Après tout, aucune transformation sociale ne correspond jamais exactement aux espoirs de ceux qui l'avaient prônée et le peuple avait des questions plus urgentes à régler, comme le redémarrage de la production et la lutte contre Franco. Il est donc tout à fait compréhensible que les collectivités n'incarnaient que certains et non tous les aspects des objectifs de la CNT et de la FAI ! De plus, le changement social ne produit pas instantanément des transformations parfaites, et les travailleurs "ont dû construire de nouveaux circuits de consommation et de distribution, de nouveaux types de relations sociales entre le prolétariat et la paysannerie, et de nouveaux modes de production." [Abel Paz, Durruti dans la révolution espagnole, p. 451]. Ce processus a été lancé, même s'il était au départ incomplet. L'idée d'un objectif plus large de ces organisations ressort du fait que les militants syndicaux cherchaient à étendre le degré de socialisation. Ainsi, et encore une fois dans le cadre de la théorie libertaire, les collectivités exprimaient aussi le désir de coopérer au sein et entre les industries (voir Chapitre I.3.5). Ces tentatives de fédération et de coordination seront discutées dans la section suivante, ainsi que certaines des conclusions qui peuvent être tirées de ces expériences. Car, comme on s'y attendait, cette tentative d'introduire le socialisme libertaire avait ses inconvénients et ses succès. Les méthodes de coopération essayées par les collectivités ont variés considérablement. Au départ, il y avait très peu de tentatives de coordination des activités économiques au-delà du lieu de travail. Cela n'est guère surprenant, étant donné que le besoin écrasant était de redémarrer la production, de convertir une économie civile en une économie en temps de guerre et de veiller à ce que la population civile et les milices soient approvisionnées en biens nécessaires. Cela a conduit à une situation de mutualisme anarchiste en développement, avec de nombreuses collectivités vendant le produit de leur propre travail sur le marché. Il en résulta certains problèmes économiques, car il n'existait pas de cadre institutionnel entre les collectivités pour assurer une coordination efficace de l'activité et empêcher une concurrence inutile entre les collectivités (qui conduirait à encore plus de problèmes). Comme il n'y avait initialement pas de confédérations de sociétés de gestion collective ni de banques mutuelles/communales, cela a conduit à la continuation d'inégalités qui existaient initialement entre les sociétés de gestion collective (du fait que les travailleurs ont repris des entreprises capitalistes riches et pauvres) et cela a rendu difficile et souvent ad hoc les nombreuses tentatives d'entraide entre les sociétés de gestion collective. Étant donné que le programme de la CNT du communisme libertaire reconnaissait qu'une société pleinement coopérative devait être fondée sur la production à des fins d'utilisation, les militants de la CNT ont combattu contre ce système de mutualisme et pour la coordination entre les lieux de travail. Ils ont réussi à convaincre leurs collègues des difficultés du mutualisme par le libre débat et la discussion au sein de leurs syndicats et collectivités. Dans ce contexte, le degré de socialisation a varié au fil du temps (comme on pouvait s'y attendre). Au départ, après la défaite des forces de Franco, il y avait peu de coordination formelle et d'organisation. Le plus important, c'était de relancer la production. Cependant, les besoins de coordination sont vite devenus évidents (comme prévu dans la théorie anarchiste et le programme de la CNT). Gaston Leval donne l'exemple d'Hospitalet del Llobregat en ce qui concerne ce processus: « Les industries locales ont connu des étapes presque universellement adoptées dans cette révolution. En première instance, les comités nommés par les travailleurs y travaillant [étaient organisés]. La production et les ventes se sont poursuivies dans chacun d'eux. Mais très vite, il était clair que cette situation donnait lieu à une concurrence entre les usines, créant des rivalités incompatibles avec la perspective socialiste et libertaire. La CNT a donc lancé le mot d'ordre : 'Toutes les industries doivent être ramifiées dans les Syndicats, totalement socialisées, et le régime de solidarité que nous avons toujours préconisé doit être établi une fois pour toutes.' "L'idée a obtenu le soutien immédiatement." [Les collectivités dans la révolution espagnole, p. 291 et 2] Un autre exemple était le syndicat des travailleurs du bois qui eurent un débat massif sur la socialisation et décidérent de le faire (le syndicat des travailleurs du commerce eurent un débat similaire, mais la majorité des travailleurs rejetérent la socialisation). Selon Ronald Fraser "Le délégué syndical tournait autour des petits magasins, signalait aux travailleurs que les conditions étaient malsaines et dangereuses, que la révolution changeait tout cela, et s'engageait à fermer et à passer à la construction syndicale Double-X et 33 UE." [Ronald Fraser, Sang d'Espagne, p. 222] Un plénum de syndicats s'est réuni en décembre 1936 et a formulé des normes de socialisation dans lesquelles l'inefficacité du système industriel capitaliste a été analysée. Le rapport du plénum indiquait: "Le principal défaut de la plupart des petits ateliers de fabrication est la fragmentation et l'absence de préparation technique et commerciale. Cela empêche leur modernisation et leur consolidation en unités de production de meilleure qualité et plus efficaces, avec de meilleures installations et une meilleure coordination... Pour nous, la socialisation doit corriger ces lacunes et ces systèmes d'organisation dans chaque industrie. Pour socialiser une industrie, nous devons consolider les différentes unités de chaque branche d'activité selon un plan général et organique qui évitera la concurrence et d'autres difficultés entravant une bonne et efficace organisation de la production et de la distribution." [cité par Souchy, Anarchist Collectives, p. 83] Comme Souchy l'a souligné, ce document est très important dans l'évolution de la collectivisation, car il indique qu'une réalisation "des travailleurs doit tenir compte du fait que la collectivisation partielle dégénérera en une sorte de coopération bourgeoise." [Opération Cit., p. 83]. Ainsi, de nombreuses sociétés de gestion collective n'étaient pas en concurrence les unes avec les autres pour obtenir des bénéfices, car les excédents étaient regroupés et répartis sur une base plus large que les autres. Ce processus s'est poursuivi dans de nombreux syndicats et collectivités différents et, sans surprise, les formes de coordination ont convenu de conduire à différentes formes d'organisation dans différents domaines et industries, comme on pourrait s'y attendre dans une société libre. Cependant, les deux formes les plus importantes peuvent être qualifiées de syndicalisation et de confédéralisation (nous allons ignorer les formes créées par le décret de collectivisation car elles n'ont pas été créées par les travailleurs eux-mêmes). Syndicalisation (notre terme) signifie que le syndicat industriel de la CNT gère l'ensemble de l'industrie. Cette solution a été essayée par le syndicat des travailleurs du bois après un long débat. Une section du syndicat, "dominé par la FAI, a soutenu que l'autogestion anarchiste signifiait que les travailleurs devaient créer et exploiter des centres de production autonomes afin d'éviter la menace de bureaucratisation.". Cependant, les partisans de la syndicalisation ont gagné la journée et la production a été organisée entre les mains du syndicat, avec des postes administratifs et des réunions de délégués élus par la base. Toutefois, "l'échec majeur (et ce que soutenait initialement l'opposition anarchiste) était que le syndicat devenait comme une grande entreprise" et que ses "structures sont devenues de plus en plus rigide." [Ronald Fraser, Sang d'Espagne, p. 222]. Selon un militant, "De l'extérieur ça a commencé à ressembler à un trust américain ou allemand" et les travailleurs ont trouvé difficile d'obtenir des changements et qu'"ils n'étaient pas particulièrement impliqués dans les prises de décision." [cité par Fraser, Opération Cit., p. 222 et p. 223]. Cependant, cela n'a pas empêché les travailleurs de réélire presque tous les postes à la première Assemblée générale annuelle. En fin de compte, la principale différence organisationnelle entre l'industrie syndicale et l'entreprise capitaliste semblait être que les travailleurs pouvaient voter pour (et rappeler) la direction de l'industrie lors de réunions relativement régulières de l'Assemblée générale. Bien qu'il s'agisse d'une amélioration considérable du capitalisme, ce n'est guère le meilleur exemple d'autogestion participative en action. Toutefois, il faut souligner que les problèmes économiques causés par la guerre civile et la contre-révolution stalinienne auraient évidemment eu un effet sur la structure interne de toute industrie et que nous ne pouvons donc pas dire que la forme d'organisation créée était totalement responsable de toute la marginalisation qui a eu lieu. L'autre forme importante de coopération, c'est ce que nous appellerons confédéralisation. Ce système était basé sur des liens horizontaux entre les lieux de travail (par l'intermédiaire du syndicat CNT) et cela permettait un maximum d'autogestion et d'aide mutuelle. Cette forme de coopération était pratiquée par l'industrie textile de Badalona (et avait été vaincue dans le syndicat des travailleurs du bois). Elle était basé sur chaque lieu de travail géré par sa direction élue, vendant sa propre production, obtenant ses propres commandes et recevant les recettes. Toutefois, "Tout ce que chaque usine a fait a été signalé au syndicat qui a tracé les progrès et tenu des statistiques. Si le syndicat estimait qu'une usine particulière n'agissait pas dans l'intérêt de l'industrie collectivisée dans son ensemble, l'entreprise était informée et invitée à changer de cap.». Ce système a permis d'éviter "les dangers de la grande "fiducie syndicale" comme du collectif atomisé." [Fraser, Opération Cit., p. 229]. Selon un militant, le syndicat "a agi plus comme un contrôle socialiste de l'industrie collectivisée que comme un exécutif hiérarchique direct." La fédération des collectivités a créée "le premier système de sécurité sociale en Espagne"(y compris les pensions de retraite, les médicaments gratuits, les indemnités de maladie et de maternité) et un fond d'indemnisation a été organisé. "pour permettre aux collectivités économiquement faibles de payer leurs travailleurs, le montant de chaque contribution collective était directement proportionnel au nombre de travailleurs employés." [cité par Fraser, Opération Cit., p. 229] Comme on peut le voir, les collectivités industrielles ont coordonné leur activité de plusieurs façons, avec des degrés de succès variables. Comme on pouvait s'y attendre, des erreurs ont été commises et différentes solutions trouvées en tant que société anarchiste peuvent difficilement être produites "d'une nuit à l'autre" (comme discuté dans rubrique H.2.5, les anarchistes ont toujours été conscients que la transformation sociale prend du temps). Il n'est donc guère surprenant que les travailleurs de la CNT aient dû faire face à de nombreux problèmes et développer leur expérience d'autogestion en tant que conditions objectives leur permettant de le faire. Malheureusement, du fait de l'agression fasciste, du parti communiste et du recul républicain, l'expérience n'a pas duré assez longtemps pour répondre pleinement à toutes les questions que nous avons sur la viabilité des solutions essayées. Avec le temps, cependant, nous sommes certains qu'ils auraient résolu les problèmes auxquels ils étaient confrontés, pour l'expérimentation sociale menée qui a été non seulement très réussie, mais également riche en promesses.
La collectivisation parmi les paysans est décrite par Jose Peirats ainsi : « Les terres expropriées ont été remises aux syndicats paysans, et ce sont ces syndicats qui ont organisé les premieres collectivités. En règle générale, les propriétaires de petites propriétés sont respectés, toujours à la condition que seuls eux ou leur famille travaillent la terre, sans employer de travail rémunéré. Dans des régions comme la Catalogne, où prévalait la tradition de la petite propriété paysanne, les terres étaient dispersées. Il n'y avait pas de grands domaines. Beaucoup de ces paysans, avec la CNT, ont organisé des collectivités, mettant en commun leurs terres, animaux, outils, poulets, céréales, fertilisants, et même leurs récoltes.I.8.2 Comment les anarchistes ont pu obtenir le soutien de la masse populaire en espagne ?
I.8.3 Comment les collectivités industrielles espagnols étaient organisés?
I.8.4 Comment les collectivités industrielles espagnols étaient coordonnés?
I.8.5 Comment les coopératives agricoles espagnoles ont-elles été organisées et coordonnées?
"Les exploitations privées situées au milieu des collectivités ont interfèrés avec une agriculture efficace en les divisant en parcs déconnectés. Pour inciter les propriétaires à se déplacer, on leur a donné plus, voire mieux, sur le périmètre de la collectivité.
«Le collectiviste qui n'avait rien à apporter à la collectivité a été admis avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres. Dans quelques collectivités, ceux qui s'y joignaient devaient verser leur argent (Girondella en Catalonia, Lagunarotta en Aragón et Cervera del Maestra en Valencia). [Les collectivités anarchistes, p. 112]
Dolgoff observa que "le pouvoir supreme a été investi et effectivement exercé par les membres des assemblées générales, et tout le pouvoir dérivé des organisations de base du peuple redescendait à celles-ci."[Opération Cit., p 119fn] Peirats nota également que les collectivités étaient "farouchement démocratique" en ce qui concerne la prise de décision. Par exemple, à Ademuz "des assemblées se tiennent tous les samedis" à Alcolea de Cinca "quand c'était nécessaire." [Anarchistes dans la révolution espagnole, p. 146] Le témoin oculaire Gaston Leval a résumé cette explosion en autogestion ainsi:
« Les assemblées générales ordinaires ont été convoquées chaque semaine, deux fois par semaine ou tous les mois [...] et ces réunions étaient complètement exemptes de tensions et de récriminations qui apparaissent inévitablement lorsque le pouvoir de décision est conféré à quelques individus, même s'ils sont démocratiquement élus. Les assemblées étaient ouvertes à tous pour participer aux travaux. La démocratie embrasse toute la vie sociale. Dans la plupart des cas, même les « individualistes » qui n'étaient pas membres de collectivités pouvaient participer aux discussions et ils étaient écoutés par les collectivistes. » [Les collectivités anarchistes, p 119fn]
Le travail était "généralement effectué en groupe sur une base coopérative. Dans les petites collectivités, tous les travailleurs se réunissent pour discuter du travail à accomplir et de la façon de le répartir. Dans les grandes collectivités, les représentants de chaque groupe de travail se réunissent à intervalles réguliers. Les assemblées générales de la Collectivité se réunissent chaque semaine, bihebdomadaire ou mensuellement, et abordent des questions allant des heures et des salaires à la distribution de nourriture et de vêtements.» [Martha A. Ackelsberg dans Femmes libres d'Espagne, p. 106] C'est dans ces assemblées en face à face que les décisions sur la répartition des ressources étaient décidées à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de la collectivité. Ici, en considérant l'importance de l'entraide, des appels étaient lancés au sens de l'empathie d'un individu. Comme l'a rappelé un militant :
« Il y avait, bien sûr, ceux qui ne voulaient pas partager et qui disaient que chaque collectivité devait prendre soin d'elle-même. Mais ils étaient généralement convaincus dans les assemblées. Nous essayons de leur parler dans des termes qu'ils comprennent. On demandait 'Penses tu que c'était juste lorsque le cacique [Le patron local] laissait les gens mourir de faim s'il n'y avait pas assez de travail?' et ils ont dit, 'Bien sûr que non.' Ils finiraient par venir. N'oubliez pas, il y avait trois cent mille collectivistes [en Aragón], mais seulement dix mille d'entre nous avaient été membres de la CNT. Nous avions beaucoup d'éducation à faire." [cité par Ackelsberg, Opération Cit., p. 107]
En outre, des fédérations régionales de collectivités étaient formées dans de nombreuses régions d'Espagne (par exemple en Aragón et au Levant). Les fédérations étaient créées lors de congrès auxquels les collectivités d'un secteur envoyaient des délégués. Ces congrès convenenaient d'une série de règles générales sur le fonctionnement de la fédération et sur les engagements que les collectivités affiliés auraient les uns envers les autres. Le congrès élisait un conseil d'administration, chargé de mettre en œuvre la politique convenue. La Fédération du Levant était organisée ainsi :
« Les 900 Collectivités étaient réunies dans 54 fédérations cantonales qui se regroupaient et se subdivisaient ensuite en cinq fédérations provinciales qui, au niveau le plus élevé, se terminaient au niveau d'un Comite régional... [Ceci] était nommé directement par les congrès annuels à leur charge et par les centaines de délégués paysans choisis par leurs camarades... C'est également à leur initiative que la Fédération du Levant était divisée en 26 sections générales selon des spécialisations dans le travail et d'autres activités. Ces 26 sections constituent un tout qui, pour probablement la première fois dans l'histoire, embrasse en dehors des structures étatiques et gouvernementales, l'ensemble de la vie sociale.» [Gaston Leval, Les collectivités dans la révolution espagnole, p. 154]
Les statuts de la Fédération de l'Aragón ont été approuvées lors de son congrès fondateur à la mi-février 1937 par 500 délégués. Ils déclarérent qu'il y aurait "autant de fédérations de comtés" que "nécessaire pour le bon fonctionnement des collectivités" et la Fédération « tiendrait son congrès ordinaire à intervalles de six mois, en plus de tout autre congrès extraordinaire... jugé approprié. » De nouvelles collectivités pouvaient adhérer après "consentement en assemblée générale des habitants de la collectivité". La fédération visait à «coordonner le potentiel économique de la région et [...] d'orienter vers la solidarité conformément aux normes d'autonomie et de fédéralisme.» [cité par José Peirats, La CNT dans la révolution espagnole, vol. 1, p. 240]
Ces fédérations avaient de nombreuses tâches. Ils assuraient la distribution de la production excédentaire à la ligne de front et aux villes, en supprimant les intermédiaires et en assurant la fin de l'exploitation. Ils organisaient également des échanges entre les collectivités. En outre, les fédérations permirent aux collectivités individuelles de mettre en commun leurs ressources afin d'améliorer l'infrastructure de la zone (routes, canaux, hôpitaux, etc.) et d'investir dans des moyens de production qu'aucun collectif ne pouvait se permettre. C'est ainsi que les collectivités mirent en commun leurs ressources, augmentérent et améliorérent les moyens de production et les infrastructures sociales et économiques de leurs régions. Tout cela, combiné à une augmentation de la consommation dans les villages et les villes ainsi qu'à l'alimentation des miliciens qui combattaient les fascistes sur le front.
Les collectivisations rurales ont permis de libérer l'énergie créative potentielle qui existait parmi les travailleurs ruraux et les paysans, une énergie qui avait été gaspillée sous le régime de la propriété privée. Les assemblées populaires ont permis d'identifier et de résoudre directement les problèmes et les améliorations communautaires, en tirant parti des idées et des expériences de chacun et en enrichissant par la discussion et le débat. Pour citer un participant : « Nous étions toujours prêts à adapter nos idées dans tous les domaines de la vie collective si les choses ne fonctionnaient pas. C'était l'avantage de nos collectivités sur les créations d'Etat comme celles de Russie. Nous étions libres. Chaque village pouvait faire ce qu'il voulait. Il y avait une stimulation locale, une initiative locale." [cité par Ronald Fraser, Sang d'Espagne, p. 357] Comme nous en discutons dans le section suivante, cela a permis à l'Espagne rurale d'être transformée d'un pays marqué par la pauvreté et la peur en un pays de bien-être et d'espoir accru.
Plus fondamentalement, l'autogestion dans les collectivités et la coopération dans les fédérations rurales ont permis une amélioration de la qualité de la vie rurale. D'un point de vue purement économique, la production a augmenté et, comme le résume l'historien Benjamin Martin : « Bien qu'il soit impossible de généraliser la prise de contrôle des terres rurales, il ne fait guère de doute que la qualité de vie de la plupart des paysans qui ont participé à des coopératives et à des collectivités s'est sensiblement améliorée. » [L'agonie de la modernisation, p. 394] Un autre historien, Antony Beevor, note que « Dans les conditions de production et les normes améliorées pour les paysans, les collectivités autogérés semblent avoir réussi. Ils semblent également avoir encouragé des relations communautaires harmonieuses. [La guerre civile espagnole, p. 95]
Plus important encore, cette amélioration de la qualité de vie incluait une augmentation de la liberté ainsi que de la consommation. Pour citer le membre de la collectivité de Beceite en Aragón : "c'était merveilleux de vivre dans une société collective, libre où l'on pouvait dire ce qu'on pensait, où si le comité de village semblait insatisfait, on pouvait le dire. Le comité n'a pris aucune décision importante sans réunir tout le village en assemblée générale. Tout cela était merveilleux." [cité par Ronald Fraser, Sang d'Espagne, p. 288] Comme Beevor le suggère, « Les collectivités autogérés étaient beaucoup plus heureux quand bien même ils n'étaient pas meilleurs qu'auparavant. Ce qui importe, c'est que les ouvriers dirigent leurs propres collectivités -- un contraste flagrant avec les catastrophes de la collectivisation d'État en Union soviétique. » [Opération Cit., p. 95] Voici quelques exemples fournis par Jose Peirats:
"À Montblanc, la collectivité déterra les vieilles vignes inutiles et planta de nouveaux vignobles. La terre, améliorée par la culture moderne avec des tracteurs, a donné des cultures beaucoup plus grandes et meilleures... De nombreuses collectivités d'Aragón ont construit de nouvelles routes et réparé de vieilles routes, installé des moulins à farine modernes et transformé des déchets agricoles et animaux en produits industriels utiles. Bon nombre de ces améliorations ont d'abord été initiées par les collectivités. Certains villages, comme Calanda, ont construit des parcs et des bains. Presque toutes les collectivités ont établi des bibliothèques, des écoles et des centres culturels. [Les collectivités anarchistes, p. 116]
Gaston Leval souligna que « la Fédération paysanne du Levant a produit plus de la moitié de la récolte totale d'orange en Espagne : près de quatre millions de kilos. Elle a ensuite transporté et vendu plus de 70% de la récolte par son propre organisme commercial (sans intermédiaires). (L'organisation commerciale de la Fédération comprenait ses propres entrepôts, camions et bateaux. Au début de 1938, la section export établit ses propres agences en France : Marseille, Perpignan, Bordeaux, Cherbourg et Paris.) Sur un total de 47 000 hectares dans toute l'Espagne consacrée à la production de riz, la collectivité de la province de Valence a cultivé 30 000 hectares." [Opération Cit., p. 124] Pour citer encore Peirats:
« La préoccupation face aux innovations culturelles et pédagogiques a été un événement sans précédent en Espagne rurale. Les collectivistes d'Amposta ont organisé des classes pour les semi-analphabètes, les jardins d'enfants et même une école des arts et des professions. Les écoles Seros étaient libres pour tous les voisins, collectivistes ou non. Grau a installé une école du nom de son plus illustre citoyen, Joaquin Costa. La collectivité de Calanda (population de seulement 4500 individus) scolarisait 1 233 enfants. Les meilleurs étudiants ont été envoyés au Lyceum de Caspe, avec toutes les dépenses payées par la collectivité. L'école Alcoriza (4 000 personnes) a accueilli 600 enfants. De nombreuses écoles ont été installées dans des couvents abandonnés. À Granadella (pop. 2000), des cours ont été organisés dans les casernes abandonnées des gardes civils. Une bibliothèque imprimée et une école d'arts et de professions ont été organisées avec la participation de 60 élèves. Le même bâtiment abritait une école des beaux-arts et un musée de haute qualité. Dans certains villages, un cinéma a été installé pour la première fois. Le cinéma Penalba a été installé dans une église. Viladecana a construit un laboratoire agricole expérimental. [Opération Cit., p. 116]
Peirats résume les réalisations des collectivités agricoles ainsi :
« En distribution, les coopératives de collectivités ont éliminé les intermédiaires, les petits marchands, les grossistes et les profiteurs, réduisant ainsi considérablement les prix à la consommation. Les collectivités ont éliminé la plupart des éléments parasites de la vie rurale, et ils les auraient complètement anéantis s'ils n'étaient pas protégés par des fonctionnaires corrompus et par les partis politiques. Les zones non collectivisées bénéficient indirectement des prix plus bas ainsi que des services gratuits souvent offerts par les collectivités (blanchisseries, cinémas, écoles, salons de coiffure et de beauté, etc.). [Opération Cit., p. 114]
Leval souligna les réalisations suivantes (entre autres):
« Dans les collectivités agraires, la solidarité était pratiquée dans une large mesure. Non seulement chaque personne est assurée des nécessités, mais les fédérations de district adoptent de plus en plus le principe de l'entraide à l'échelle intercollective. À cette fin, ils ont créé des réserves communes pour aider les villages moins favorisés par la nature. En Castille, des institutions spéciales ont été créées à cette fin. Dans l'industrie, cette pratique semble avoir commencé à Hospitalet, sur les chemins de fer catalans, et a été appliquée plus tard à Alcoy. Si le compromis politique n'avait pas entravé la socialisation ouverte, les pratiques d'entraide auraient été beaucoup plus généralisées. Une conquête d'une grande importance est le droit des femmes à des moyens de subsistance, indépendamment de l'occupation ou de la fonction. Dans environ la moitié des collectivités agraires, les femmes recevaient le même salaire que les hommes; dans le reste, les femmes recevaient moins, apparemment selon le principe qu'elles vivaient rarement seules. Dans toutes les collectivités agraires d'Aragón, de Catalogne, du Levant, de Castille, d'Andalousie et d'Estrémadura, les ouvriers formaient des groupes pour diviser le travail ou la terre; ils étaient généralement affectés à des zones déterminées. Les délégués élus par les groupes de travail ont rencontré le délégué de la collectivité pour l'agriculture afin de planifier les travaux. Cette organisation typique est née assez spontanément, par l'initiative locale... De plus, la collectivité dans son ensemble s'est réuni en assemblée hebdomadaire, bimensuelle ou mensuelle. L'assemblée passe en revue les activités des conseillers qu'elle nomme et discute de cas particuliers et de problèmes imprévus. Tous les habitants - hommes et femmes, producteurs et non-producteurs - participaient à la discussion et aux décisions. Dans le domaine de la culture des terres, les progrès les plus importants étaient les suivants : utilisation accrue des machines et de l'irrigation, diversification accrue et boisement. En élevage: sélection et multiplication des races; adaptation des races aux conditions locales; construction à grande échelle de granges collectives." [Opération Cit., p. 166 et 167
La collectivisation, comme le note Graham Kelsey, "a permis une rationalisation des sociétés villageoises et une utilisation plus efficace des ressources économiques disponibles. Au lieu d'être des charpentiers et des maçons inoccupés parce qu'aucun riche propriétaire foncier n'avait eu d'utilité pour leurs services, ils ont été mis au travail en construisant des installations agricoles et en fournissant aux villages le genre d'équipements sociaux qu'ils n'avaient guère pu imaginer jusqu'alors.» [Anarchosyndicalisme, communisme libertaire et État p169] Martha A. Ackelsberg résume bien l'expérience :
« Les réalisations de ces collectivités ont été considérables. Dans de nombreux domaines, ils ont maintenu, sinon augmenté, la production agricole [sans oublier que de nombreux jeunes hommes étaient en première ligne], introduisant souvent de nouveaux modèles de culture et de fertilisation [...] des collectivistes ont construit des abris pour poulet, des granges et d'autres installations pour la garde et l'alimentation des animaux de la communauté. Les fédérations de collectivités ont coordonné la construction de routes, d'écoles, de ponts, de canaux et de barrages. Certains d'entre eux restent aujourd'hui comme des contributions durables des collectivités à l'infrastructure de l'Espagne rurale. Les collectivistes ont également organisé le transfert des produits excédentaires des collectivités plus riches vers ceux qui souffrent de pénuries, soit directement du village au village, soit par le biais de mécanismes mis en place par les comités régionaux.» [Les femmes libres d'Espagne, p. 106 et 7]
Outre cette solidarité intercollective, les collectivités rurales ont également fourni de la nourriture aux troupes de première ligne:
« Les collectivités ont volontairement fourni d'énormes stocks de provisions et d'autres fournitures aux troupes combattantes. Utiel a envoyé 1 490 litres d'huile et 300 boisseaux de pommes de terre sur le front de Madrid (en plus des énormes stocks de haricots, de riz, de sarrasin, etc.). Porales de Tujana envoya de grandes quantités de pain, d'huile, de farine et de pommes de terre à l'hôpital militaire.
«Les efforts des collectivités revêtent une importance accrue en tenant compte du fait que leurs travailleurs les plus jeunes et les plus vigoureux se battaient dans les tranchées. 200 membres de la petite collectivité de Vilaboi étaient à l'avant; de Viledecans, 60; Amposta, 300; et Calande, 500." [Jose Peirats, Les collectivités anarchistes, p. 120]
C'est pourquoi, ainsi que des réalisations économiques importantes, les collectivités ont également assuré des actions sociales et politiques. La solidarité a été pratiquée et les personnes jusqu'alors marginalisées ont pris directement et entièrement en charge les affaires de leurs communautés, les transformant pour répondre à leurs propres besoins et désirs.
I.8.7 Les collectivités rurales ont-elles été créés par la force?
Non, pas du tout. Le mythe selon lequel les collectivités rurales ont été créés par « la terreur », organisée et menée par la milice anarchiste, a été lancé par les staliniens du Parti communiste espagnol. Plus récemment, certains « libertariens » se sont échauffés en répétant ces fabrications staliniennes. Les anarchistes réfutent ces allégations depuis 1936 et ça vaut la peine de le faire à nouveau ici. Comme l'a noté Vernon Richards : "Quoique le stalinisme soit discrédité, il semble qu'aujourd'hui le fait reste que les mensonges staliniens et leur interprétation de la guerre civile espagnole prévalent encore, probablement parce que ça convient aux préjugés politiques des historiens qui l'interprètent actuellement.» ["Introduction", Gaston Leval, Les collectivités dans la révolution espagnole, p. 11]. Nous présenterons ici des preuves pour réfuter les affirmations selon lesquelles les collectivités rurales ont été créés par la force.
Tout d'abord, il faut souligner que des collectivités rurales ont été créés dans de nombreuses régions d'Espagne, telles qu'au Levant (900 collectivités), en Castille (300) et en Estremadure (30), où la milice anarchiste n'existait pas. En Catalogne, par exemple, la milice CNT a traversé de nombreux villages sur le chemin d'Aragón et seulement une quarantaine de collectivités ont été créés contrairement aux 450 en Aragón. En d'autres termes, le processus de collectivisation rurale s'est déroulé indépendamment de l'existence de troupes anarchistes, la majorité des 1700 collectivités rurales ont étés créées dans des zones sans prédominance de milices anarchistes.
Un historien, Ronald Fraser, semble impliquer que des collectivités ont été imposés à la population d'Aragón. Comme il l'a dit, «La collectivisation, effectuée sous le cadre général, sinon l'agencement direct, des colonnes de la milice CNT, représentait la tentative d'une minorité révolutionnaire de contrôler non seulement la production, mais la consommation à des fins égalitaires et des besoins de la guerre.». Remarquez qu'il ne suggère pas que la milice anarchiste ait imposé les collectivités, une revendication pour laquelle il y a peu ou pas de preuves. De plus, Fraser présente un récit quelque peu contradictoire des faits qu'il présente. D'une part, il suggère que «La collectivisation obligatoire était justifiée, aux yeux de certains libertaires, par un raisonnement plus proche du communisme de guerre que du communisme libertaire.». D'autre part, il présente de nombreuses preuves que les collectivités n'avaient pas un taux d'adhésion de 100 %. Comment alors la collectivisation peut-elle être obligatoire si les gens restent en dehors des collectivités ? De même, il parle de comment certains Chefs de milice de la CNT ont justifiés la « collectivisation forcée » pour l'effort de guerre tout en reconnaissant la politique officielle de la CNT de s'opposer à la collectivisation forcée, et une opposition exprimée dans la pratique avec environ seulement 20 collectivités (c'est-à-dire 5%) au total. [Sang d'Espagne, p. 370, p. 349 et p. 366]. C'est ce qui est illustré dans son propre livre par des collectivistes interviewés, qui notent continuellement que les gens sont restés en dehors de leurs collectivités!
Ainsi, les tentatives de Fraser de peindre les collectivités d'Aragón comme une forme de "du communisme de guerre" imposée à la population par la CNT et obligatoire pour tous ne co-incidence avec les preuves qu'il nous présente.
Fraser déclare qu'« Il n'y avait pas besoin de les traîner [les paysans] au point de tir [dans les collectivités] : le climat coercitif, dans lequel les « fascistes » étaient abattus, était suffisant. Des collectivités « spontanés » et « forcés » existaient, tout comme des collectivistes volontaires et réticents en son sein. [Opération Cit., p. 349]. Par conséquent, sa suggestion implicite selon laquelle les collectivités d'Aragón ont été imposés à la population rurale se fonde sur l'idée qu'il y avait un "climat coercitif" en Aragón à l'époque. Bien sûr, une guerre civile contre le fascisme produit un "climat coercitif" particulièrement lorsqu'on est proche de la ligne de front. Cependant, la CNT ne peut être blâmée pour cela. Comme l'a résumé l'historien Gabriel Jackson, bien que de telles exécutions aient eu lieu, la CNT n'a pas lancé de vague générale de terreur:
"les anarchistes ont fait un effort constant pour séparer les ennemis politiques actifs de ceux qui étaient simplement bourgeois par la naissance, par l'idéologie ou par la fonction économique. Les comités politiques anarchistes voulaient savoir ce que les monarchistes ou conservateurs accusés avaient fait, pas simplement ce qu'ils pensaient ou comment ils votaient... Il n'y a pas de contradiction inhérente à la reconnaissance à la fois que la révolution a inclus une certaine violence et que ses résultats sociaux et économiques ont été approuvés par la majorité des paysans dans une région.» [cité dans Jose Peirats, La CNT dans la révolution espagnole, vol. 1, p. 146]
Il s'agissait d'une lutte de vie et de mort contre le fascisme, dans laquelle les fascistes assassinaient systématiquement un grand nombre d'anarchistes, de socialistes et de républicains dans les zones sous leur contrôle. Il n'est guère surprenant que des troupes anarchistes aient pris la loi entre leurs mains et assassiné certains de ceux qui soutenaient et aideraient les fascistes. Compte tenu de ce qui se passait en Espagne fasciste, et de l'expérience du fascisme en Allemagne et en Italie, la milice de la CNT savait exactement ce qui leur arriverait ainsi que leurs amis et leur famille s'ils perdaient.
La question se pose, cependant, de savoir si le climat a été rendu coercitif par la guerre et la proximité de la milice anarchiste au point que le choix individuel était impossible. Les faits parlent d'eux-mêmes. A son apogée, la collectivisation rurale en Aragón a accueilli environ 70% de la population de la région sauvée du fascisme. Environ 30 % de la population se sentait suffisamment en sécurité pour ne pas rejoindre un groupe, un pourcentage important. Si les collectivités avaient été créés par la terreur ou la force anarchiste, nous nous attendrions à un chiffre de 100% d'adhésion. Ce n'était pas le cas, indiquant le caractère essentiellement volontaire de l'expérience (il faut souligner que d'autres chiffres suggèrent un nombre plus faible de collectivistes, ce qui rend l'argument de collectivisation forcée encore moins probable). L'historien Antony Beevor (tout en notant qu'il y "avait eu sans doute une pression, et sans doute la force a été utilisée à certaines occasions durant la ferveur du début") déclare l'évidence quand il écrit que "le fait même que chaque village était un mélange de collectivistes et d'individualistes montre que les paysans n'avaient pas été contraints à l'agriculture communale au point d'être armés." [La guerre civile espagnole, p. 206]. En outre, si la milice de la CNT avait forcé les paysans à créer des collectivités, on s'attendrait à ce que l'appartenance à des collectivités culmine presque du jour au lendemain, et non à ce que cela augmente lentement dans le temps:
« Au congrès régional des collectivités, qui s'est tenu à Caspe à la mi-février 1937, près de 80 000 collectivistes étaient représentés de « presque tous les villages de la région ». Mais ce n'était qu'un début. À la fin du mois d'avril, le nombre de collectivistes était passé à 140 000, à la fin de la première semaine de mai à 180 000 et à la fin du mois de juin à 300 000.» [Graham Kelsey, "Anarchisme en Aragón," p. 60 à 82, Espagne dans le conflit 1931-1939, Martin Blinkhorn (éd.), p. 61]
Si les collectivités avaient été créés par la force, leur effectif aurait été de 300 000 en février 1937, ce qui n'aurait pas augmenté régulièrement pour atteindre ce nombre quatre mois plus tard. On ne peut pas non plus prétendre que l'augmentation était due à la collectivisation de nouveaux villages, puisque presque tous les villages avaient envoyé des délégués en février. Cela indique que de nombreux paysans ont rejoint les collectivités en raison des avantages associés au travail commun, des ressources accrues qui étaient mises à leur disposition et du fait que les excédents, qui étaient monopolisés dans le système précédent par quelques-uns, ont plutôt été ici utilisés pour élever le niveau de vie de toute la communauté.
Le caractère volontaire des collectivités est à nouveau souligné par le nombre de collectivités qui ont permis aux personnes de rester à l'extérieur. Voilà. "Il y avait peu de villages complètement collectivisés." [Beevor, Opération Cit., p. 94]. Un témoin oculaire d'Aragón, un instituteur anarchiste, a noté que forcer des petits exploitants dans des collectivités "n'était pas un problème généralisé, parce qu'il n'y avait pas plus de vingt villages où la collectivisation était totale et adns lequel personne n'a été autorisé à rester dehors." [cité par Fraser,Opération Cit., p. 366]. Au lieu de forcer la minorité d'un village à accepter les souhaits de la majorité, la grande majorité (95 %) des collectivités d'Aragón s'en sont tenus à leurs principes libertaires et permettant à ceux qui ne souhaitent pas se joindre à eux de rester à l'extérieur.
Donc, seulement environ 20 collectivités étaient Totalement collectivisés (sur 450) et environ 30 % de la population se sentaient suffisamment en sécurité pour ne pas la rejoindre. En d'autres termes, dans la grande majorité des collectivités, ceux qui se joignaient pouvaient voir que ceux qui ne s'y joignaient pas étaient en sécurité. Ces chiffres indiquent le caractère essentiellement spontané et volontaire du mouvement ainsi que la composition des nouveaux conseils municipaux créés après le 19 juillet. Comme le note Graham Kesley: « Ce qui ressort immédiatement des résultats, c'est que bien que la région ait souvent été qualifiée de contrôlée par les anarchistes à l'exclusion totale de toutes les autres forces, la CNT était loin de jouir du degré de domination absolue souvent implicite et inféré. » [Anarchosyndicalisme, communisme libertaire et État, p. 198]
Dans son récit de la révolution rurale, Burnett Bolloten a noté que ça a embrasé plus de 70 pour cent de la population en Aragón libéré et que "beaucoup des 450 collectivités de la région étaient largement volontaires" bien qu'"Il faut souligner que ce développement singulier est dû dans une certaine mesure à la présence de miliciens de la région voisine de Catalogne, dont l'immense majorité sont membres de la CNT et de la FAI." [La guerre civile espagnole, p. 74]. Il convient de noter que cela n'a pas été nié par les anarchistes. Comme Gaston Leval l'a souligné, « Il est vrai que la présence de ces forces [...] favorisait indirectement ces réalisations constructives en empêchant la résistance active des partisans de la république bourgeoise et du fascisme ». [Les collectivités dans la révolution espagnole, p. 90]
Ainsi, la présence de la milice a changé l'équilibre des forces de classe en Aragón en détruisant l'État capitaliste (c'est-à-dire les patrons locaux, les caciques, n'ont pas pu obtenir d'aide de l'État pour protéger leurs biens) et de nombreux travailleurs sans terre ont pris le contrôle de la terre. La présence de la milice assurait la prise en charge de la terre en détruisant le « monopole de la force » capitaliste qui existait avant la révolution (dont le pouvoir sera mis en évidence ci-dessous) et la milice CNT a donc permis la possibilité d'expérimentation par la population aragónaise. Cette guerre de classe à la campagne est reflétée par Bolloten : "Si l'agriculteur individuel voyait avec consternation la collectivisation rapide et généralisée de l'agriculture, les ouvriers agricoles de l'Anarchosyndicaliste CNT et de l'UGT socialiste la voyaient comme le début d'une nouvelle ère." [Opération Cit., p. 63]. Tous deux étaient des organisations de masse et soutenaient la collectivisation.
De fait, les milices anarchistes ont permis à la classe ouvrière rurale d'abolir la rareté des terres créées artificiellement par la propriété privée (et imposées par l'État). Les patrons ruraux ont évidemment considéré avec horreur la possibilité qu'ils ne puissent pas exploiter la journée des travailleurs (comme Bolloten l'a souligné "le système agricole collectivisé menace de drainer le marché du travail rural des travailleurs salariés." [Opération Cit., p. 62]). Les paysans et les propriétaires fonciers plus riches détestaient les collectivités. Un rapport sur le district de Valderrobes qui indique le soutien populaire aux collectivités:
"La collectivisation a néanmoins eu une opposition de la part d'adversaires à droite et des adversaires à gauche. Si l'on demandait aux éternels oisifs expropriés ce qu'ils pensaient de la collectivisation, certains auraient répliqué qu'il s'agissait d'un vol et d'autres d'une dictature. Mais, pour les plus âgés, les ouvriers journaliers, les fermiers locataires et les petits propriétaires qui avaient toujours été sous le pouce des grands propriétaires fonciers et des sans-cœur, elle apparut comme un salut.» [cité par Bolloten, Opération Cit., p. 71]
Cependant, de nombreux historiens ignorent les différences de classe qui existaient dans les campagnes et qui explique la montée des collectivités en Aragón (et tout en ignorant celles qui existaient ailleurs) à la suite de la milice CNT. Par exemple, Fraser :
« Très rapidement, les collectivités ont commencé à émerger. Elles ne se sont pas produites sur instruction de la direction de la CNT -- pas plus que les collectivités [industrielles] de Barcelone. Ici, comme là bas, l'initiative est venue des militants de la CNT; ici, comme là bas, le «climat» de révolution sociale dans l'arrière-garde a été créé par la force armée de la CNT: la domination des anarcho-syndicalistes dans les rues de Barcelone a été reconstitué en Aragón alors que les colonnes de la milice de la CNT, habitées principalement par des travailleurs anarcho-syndicalistes catalans, abondaient. Lorsqu'un noyau d'anarcho-syndicalistes existait dans un village, il saisissait le moment pour mener à bien la révolution tant attendue et collectivisait spontanément. Là où il n'y en avait pas, les villageois pouvaient se trouver sous la pression considérable des milices pour collectiviser. » [Opération Cit., p. 347]
Fraser considère que la révolution a été principalement importée en Aragón de Catalogne. Cependant, comme il le note lui-même, les chefs des colonnes de la CNT (sauf Durruti) se sont "opposés" à la création du Conseil d'Aragón (une confédération de collectivités). On peut difficilement dire que cela révèle d'un exemple que la CNT catalane ait imposé la révolution sociale! De plus, la CNT d'Aragón était une organisation populaire et répandue, suggérer l'idée que les collectivités étaient importés dans la région par la CNT catalane est simplement fausse. Fraser déclare que dans "certains [villages aragónais] il y avait une CNT florissante, dans d'autres l'UGT était la plus forte, et dans seulement trop de cas il n'y avait aucune syndicalisation." [Opération Cit., p. 350 et p. 348]. La question se pose de savoir à quel point cette force était importante. Les preuves montrent que la CNT rurale d'Aragón était vaste, forte et croissante, ce qui fait de la suggestion de collectivités imposés est fausse. En fait, dans les années 1930, "la base paysanne authentique de la CNT était en Aragón." La croissance de la CNT à Saragosse "a fourni un tremplin pour une agitation libertaire très efficace dans le bas Aragón, en particulier parmi les travailleurs pauvres et la paysannerie endettée de la région des steppes sèches." [Murray Bookchin, Les anarchistes espagnols, p. 203)
Graham Kelsey, dans son histoire sociale de la CNT en Aragón entre 1930 et 1937, fournit plus de preuves sur ce sujet. Il souligne que, ainsi que "la propagation des groupes libertaires et la conscience croissante parmi les membres de la CNT des théories libertaires ... contribuent à la croissance du mouvement anarchosyndicaliste en Aragón" l'existence de "troubles agricoles" a également joué un rôle important dans cette croissance. Tout cela conduit à la "revitalisation du réseau de la CNT en Aragón". Ainsi, en 1936, la CNT avait construite sur les "fondations posées en 1933" "a finalement réussi à traduire la très grande force de l'organisation syndicale urbaine de Saragosse en un réseau régional d'une ampleur considérable." [Opération Cit., p. 80 à 81, p. 82 et p. 134]
Kelsey note la longue histoire de l'anarchisme en Aragón, qui remonte à la fin des années 1860. Cependant, avant les années 1910, l'Aragón rurale n'avait guère gagné en raison du pouvoir des patrons locaux (appelé caciques) :
"Les propriétaires fonciers locaux et les petits industriels, caciques de la province d'Aragón, ne ménagent aucun effort pour faire fermer ces premières cellules rurales anarchosyndicalistes [créées après 1915]. Au moment du premier congrès de la Confédération CNT d'Aragón à l'été 1923, une bonne partie des progrès réalisés grâce aux efforts considérables de l'organisation ont été contrecarrés par la répression.» ["Anarchisme en Aragón", Opération Cit., p. 62]
Un militant de la CNT a indiqué le pouvoir détenu par ces patrons et la difficulté d'être syndicaliste en Aragón:
« La répression n'est pas la même dans les grandes villes que dans les villages où tout le monde connaît tout le monde et où les gardes civils sont immédiatement informés du moindre mouvement d'un camarade. Ni amis ni parents ne sont épargnés. Tous ceux qui ne servent pas les forces répressives de l'État sont poursuivis, persécutés et parfois battus.» [cité par Kelsey, Opération Cit., p. 74]
Cependant, bien que l'organisation des syndicats ruraux ait connu quelques succès, même en 1931 "Les campagnes de propagande qui ont conduit à l'établissement de dizaines de cellules syndicales de village, ont été suivies d'une contre-offensive des caciques du village qui les ont forcés à fermer." [Opération Cit. p. 67] Même face à cette répression, la CNT a grandi et "à partir de la fin de 1932" il y avait "une expansion réussie du mouvement anarchosyndicaliste dans plusieurs parties de la région où auparavant il n'avait jamais pénétré." [Kesley, Anarchosyndicalisme, communisme libertaire et État, p. 185]. Cette croissance a été bâtie en 1936, avec une intensification de l'activisme rural qui a lentement érodé le pouvoir des caciques (ce qui explique en partie leur soutien au coup d'État fasciste). Après l'élection du Front populaire, des années de propagande et d'organisation anarchistes ont payé avec "croissance dramatique du soutien anarcho-syndicaliste rural" dans les six semaines suivant l'élection générale. Cela "a été souligné" dans l'ordre du jour du congrès d'Aragón de la CNT en avril et il a été décidé de faire "attention aux problèmes ruraux" alors que le programme convenu était "ce qui devait arriver quatre mois plus tard dans l'Aragón libéré.". Au lendemain, une série de campagnes de propagande intensives a été organisée dans chacune des provinces de la Confédération régionale. De nombreuses réunions ont eu lieu dans des villages qui n'avaient jamais entendu auparavant la propagande anarcho-syndicaliste. Au début du mois de juin 1936, le nombre des syndicats d'Aragón avait dépassé 400, contre seulement 278 un mois auparavant. [Kesley, "Anarchisme en Aragón", Opération Cit., p. 75 à 76]
Cette augmentation de l'appartenance syndicale traduit une lutte sociale accrue de la population active aragónaise et ses tentatives d'améliorer son niveau de vie, très faible pour la plupart de la population. Un journaliste du conservateur catholique Heraldo de Aragón a visité le bas Aragón à l'été 1935 et a noté «La faim dans de nombreux foyers, où les hommes ne travaillent pas, commence à encourager les jeunes à s'abonner à des enseignements trompeurs.» [cité par Kesley, Opération Cit., p. 74]. C'est peu étonnant donc, qu'il y ait une croissance de l'appartenance à la CNT et de la lutte sociale. Kesley indique :
"Des preuves d'une autre nature étaient également disponibles que le syndicalisme militant en Aragón était en augmentation. Au cours des cinq mois qui se sont écoulés entre la mi-février et la mi-juillet 1936, la province de Saragosse a connu plus de soixante-dix grèves, plus qu'elles n'avaient été enregistrées au cours d'une année donnée, et les choses n'étaient manifestement pas différentes dans les deux autres provinces [...] la grande majorité de ces grèves se produisaient dans les villes et villages provinciaux. Les grèves ont envahi les provinces et, dans au moins trois cas, elles ont été transformées en grèves générales. [Opération Cit., p. 76]
Ainsi, au printemps et à l'été 1936, l'adhésion à la CNT a connu une croissance massive qui reflète la lutte militante croissante de la population urbaine et rurale d'Aragón. Des années de propagande et d'organisation ont assuré la croissance de l'influence libertaire, une croissance qui s'est traduite par la création de collectivités en Aragón libéré pendant la révolution. Par conséquent, la construction d'une société collectivisée a été fondée directement sur l'émergence, au cours des cinq années de la Deuxième République, d'un mouvement syndical de masse imprégné de principes anarchistes. Ces collectivités ont été construites conformément au programme convenu lors de la conférence d'Aragón de la CNT d'avril 1936 qui reflétait les souhaits de l'appartenance rurale des syndicats au sein de l'Aragón (et en raison de la croissance rapide de la CNT par la suite, ça reflétait évidemment les sentiments populaires dans la région):
"la domination libertaire dans l'après-insurrection en Aragón elle-même reflète la prédominance que les anarchistes avaient acquise avant la guerre; à l'été 1936, la CNT avait réussi à établir dans toute l'Aragón un mouvement syndical de masse d'orientation strictement libertaire, sur lequel se fondait un réseau étendu et bien soutenu par l'expérience collective." [Kesley, Opération Cit., p. 61]
D'autres preuves qui soutiennent un niveau élevé de soutien à la CNT rurale d'Aragón peuvent être fournies par le fait que ce fut l'Aragón qui fut le centre de l'insurrection de décembre 1933 organisée par la CNT. Comme l'a noté Bookchin, "seule l'Aragón s'est levée à une échelle significative, en particulier à Saragosse... beaucoup de villages ont déclaré le communisme libertaire et peut-être les combats les plus violents ont eu lieu entre les vignerons de Rioja et les autorités". [Opération Cit., p. 238]. Il est peu probable que la CNT organise une insurrection dans une zone où elle a peu de soutien ou d'influence. Selon Kesley, "c'est précisément les zones les plus importantes en décembre 1933" qui étaient en 1936 à "chercher à créer un nouveau modèle d'organisation économique et sociale, pour former la base de l'Aragón libertaire." [Anarchosyndicalisme, communisme libertaire et État, p. 161]
Ainsi, la majorité des collectivités d'Aragón a été le produit de la CNT (et de l'UGT), et a influencé les travailleurs qui en ont profité pour créer une nouvelle forme de vie sociale, une forme marquée par son caractère volontaire et directement démocratique. En raison de son ignorance dans les zones rurales d'Aragón, la CNT était bien établie et progressait rapidement: "En s'éloignant de sa base urbaine, la CNT, d'abord en 1933 puis plus largement en 1936, réussit à transformer une organisation essentiellement urbaine en une véritable confédération régionale." [Kesley, Opération Cit., p. 184]
Les preuves suggèrent que des historiens comme Fraser ont tort de laisser entendre que les collectivités d'Aragón ont été créés par la milice CNT et imposés à une population peu disposée. Les collectivités d'Aragón sont le résultat naturel d'années d'activité anarchiste dans les zones rurales d'Aragón et sont directement liés à la croissance massive de la CNT entre 1930 et 1936. Ainsi Kesley a raison d'affirmer que le communisme libertaire et la collectivisation agraire "n'étaient pas des termes économiques ou des principes sociaux appliqués à une population hostile par des équipes spéciales d'anarchosyndicalistes urbains." [Opération Cit., p. 161]. Cela ne veut pas dire qu'il y a eu Aucun exemples de personnes qui se joignent involontairement à des collectivités en raison du "climat coercitif" de la ligne de front ni qu'il y avait des villages qui n'avaient pas d'union CNT en eux avant la guerre et ainsi créé une collectivité en raison de l'existence de la milice CNT. Il s'agit de suggérer qu'ils peuvent être considérés comme des exceptions à la règle.
De plus, la façon dont la CNT a géré une telle situation est remarquable. Fraser indique une telle situation dans le village d'Alloza. À l'automne 1936, des représentants du comité du district de la CNT étaient venus suggérer que les villageois collectivisent (nous voudrions souligner ici que la milice de la CNT qui avait traversé le village n'avait pas tenté de créer une collectivité). Une assemblée de village a été appelée et les membres de la CNT ont expliqué leurs idées et suggéré comment organiser la collectivité. Cependant, sur qui s'y joindrait et la façon dont les villageois organiseraient la collectivité était laissé à elle totalement (les représentants de la CNT "ont soulignés que personne ne devait être maltraité"). Au sein de la collectivité, l'autogestion était la règle et un membre a rappelé que « Dès lors que les groupes de travail ont été établis sur une base amicale et ont travaillé leurs propres terres, tout le monde s'en est assez bien tiré. « Il n'y avait pas besoin de coercition, pas besoin de discipline et de punition... Une collectivité n'était pas une mauvaise idée du tout." [Fraser, Opération Cit., p. 360]. Cette collectivité, comme la grande majorité, était volontaire et démocratique : "Je ne pouvais pas l'obliger à se joindre à lui, nous ne vivions pas sous une dictature." [cité par Fraser, Opération Cit., p. 362]. En d'autres termes, Aucune force n'a été utilisée pour créer la collectivité et la collectivité a été organisé directement par les populations locales.
Bien sûr, comme pour tout bien public (pour utiliser le jargon économique), tous les membres de la communauté devaient payer pour l'effort de guerre et nourrir la milice. Comme le note Kelsey, « L'insurrection militaire était venue à un moment critique du calendrier agricole. Dans toute la partie inférieure de l'Aragón, il y avait des champs de céréales prêts à être récoltés. À l'assemblée d'Albalate de Cinca, la clause d'ouverture du programme convenu avait exigé de tous les habitants du district, agriculteurs indépendants et collectivistes, qu'ils contribuent également à l'effort de guerre, mettant ainsi l'accent sur l'une des considérations les plus importantes de la période qui a suivi immédiatement la rébellion. » [Opération Cit.. De plus, les collectivités contrôlaient le prix des cultures afin de contrôler la spéculation et l'inflation. Cependant, ces politiques, avec l'égalité des devoirs des individualistes et des collectivistes dans la guerre, ont été appliquées aux collectivités par la guerre.
Enfin, en soutien au caractère populaire des collectivités rurales, nous indiquerons les effets de la suppression des collectivités en août 1937 par les communistes, à savoir l'effondrement de l'économie rurale. Cela a permis d'éclairer considérablement la question des attitudes populaires.
En octobre 1937, la délégation régionale de la réforme agraire contrôlée par les communistes a reconnu que "dans la majorité des villages, le travail agricole a été paralysé, causant de grands dommages à notre économie agraire.". Jose Silva, membre du Parti communiste et secrétaire général de l'Institut de la réforme agraire, a déclaré qu'après l'attaque d'Aragón par Lister, "le travail dans les champs a été suspendu presque entièrement, et un quart de la terre n'avait pas été préparé à l'époque pour semer." Lors d'une réunion de la commission agraire du Parti communiste aragónais (9 octobre 1937), Silva a souligné "le peu d'incitation au travail de toute la population paysanne" et que la situation provoquée par la dissolution des collectivités était "grave et critique." [cité par Bolloten, Opération Cit., p. 530. Jose Peirats a expliqué les raisons de cet effondrement économique du fait du boycott populaire :
« Quand vint le temps de se préparer à la prochaine récolte, les petits exploitants ne pouvaient pas travailler par eux-mêmes la propriété sur laquelle ils avaient été installés [par les communistes]. Les paysans dépossédés, collectivistes intransigeants, refusèrent de travailler dans un système de propriété privée et étaient encore moins disposés à louer leur travail. » [Anarchistes dans la révolution espagnole, p. 258.]
Si les collectivités étaient impopulaires, créés par la force anarchiste, alors pourquoi l'économie s'est-elle effondrée après la répression ? Si Lister avait renversé un régime totalitaire anarchiste, pourquoi les paysans n'ont-ils pas récolté le bénéfice de leur peine? Peut-être parce que les collectivités étaient essentiellement un développement Aragónais spontané et soutenu par la plupart de la population là-bas ? Cette analyse est appuyée par l'historien Yaacov Oved:
« Ceux qui étaient responsables de cette politique [d'attaquer les collectivistes d'Aragón] étaient convaincus que les agriculteurs l'accueillaient joyeusement parce qu'ils avaient été contraints de rejoindre les collectivités. Mais ils se sont trompés. À l'exception des riches propriétaires qui étaient heureux de récupérer leurs terres, la plupart des membres des collectivités agricoles s'opposaient et n'étaient pas motivés à reprendre le même travail agricole. Ce phénomène était si répandu que les autorités et le ministre communiste de l'agriculture ont été contraints de se retirer de leur politique hostile.» ["Communisme Libertaire" et le communalisme dans les collectivisations espagnoles (1936-1939), p. 53 à 4) .
Même face à la répression communiste, la plupart des collectivités n'arrêtaient pas. Ceci, si rien d'autre, prouve que les collectivités étaient des institutions populaires."Par la réticence généralisée des collectivistes à coopérer avec la nouvelle politique,". Oved soutient : « il est devenu évident que la plupart des membres avaient volontairement rejoint les collectivités et dès que la politique a été modifiée une nouvelle vague de collectivités a été établie. Cependant, la roue ne pouvait pas être retournée. Une atmosphère de méfiance prévalait entre les collectivités et les autorités et chaque initiative était réduite. » [Opération Cit., p. 54].
Jose Peirats résume la situation après l'attaque communiste contre les collectivités et la légalisation des collectivités comme suit:
"Il est très possible que cette deuxième phase de collectivisation reflète mieux les convictions sincères des membres. Ils avaient subi un test severe et ceux qui avaient résisté étaient des collectivistes éprouvés. Pourtant, il serait facile d'étiqueter comme anti-collectivistes ceux qui ont abandonné les collectivités dans cette deuxième phase. La peur, la coercition officielle et l'insécurité ont fortement pesé sur les décisions d'une grande partie de la paysannerie Aragónaise.» [Opération Cit., p. 258.]
Tant que les collectivités existaient, la production a augmenté de 20 % (ce qui est comparé à la récolte d'avant la guerre qui avait "une bonne récolte" [Fraser, Opération Cit.p. 370]). Après la destruction des collectivités, l'économie s'effondre. Ce serait à peine le résultat attendu si les collectivités avaient étés forcés à une paysannerie peu disposée (la collectivisation forcée de Staline en Russie a entraîné une famine). Seule la victoire du fascisme a permis de restaurer l'ordre dit « naturel » de la propriété capitaliste dans la campagne espagnole. Les mêmes propriétaires fonciers qui ont accueilli la répression communiste des collectivités ont, nous en sommes sûrs, accueilli les fascistes qui ont assuré une victoire durable de la propriété sur la liberté.
Ainsi, dans l'ensemble, les preuves suggèrent que les collectivités d'Aragón, comme leurs homologues au Levante, en Catalogne et ainsi de suite, étaient des organisations populaire créées par et pour la population rurale et, essentiellement, l'expression d'une révolution sociale spontanée et populaire. Dire que la milice anarchiste les a créés par la force des armes est faux.. Alors que des actes de violence se soients passés et que certains actes de coercition ait eu lieu, ce sont là des exceptions à la règle. Le résumé de Bolloten correspond le mieux aux faits :
« Mais malgré les clivages entre la doctrine et la pratique qui affligent les anarchistes espagnols chaque fois qu'ils entrent en collision avec les réalités du pouvoir, on ne saurait trop insister sur le fait que malgré les cas de coercition et de violence, la révolution de juillet 1936 se distinguait de tous les autres par le caractère généralement spontané et profond de son mouvement collectiviste et par sa promesse de renouvellement moral et spirituel. Jamais un mouvement spontané ne s'était jamais produit auparavant." [Opération Cit., p. 78]
Oui. En contradiction avec l'ancienne prétention capitaliste que personne n'innovera sans l'existence de la propriété privée, les ouvriers et les paysans ont montré beaucoup plus d'incitation et de créativité dans le socialisme libertaire qu'ils n'en avaient dans le système d'entreprise privée. Ceci se voit dans la description faite par Gaston Leval sur les résultats de la collectivisation à Cargagente dans le sud de la province de Valence:
"Le climat de la région est particulièrement adapté à la culture des oranges ... Toutes les terres socialisées, sans exception, sont cultivées avec un soin infini. Les vergers sont complètement désherbés. Pour s'assurer que les arbres auront toute la nourriture nécessaire, les paysans nettoient sans cesse le sol. « Avant, m'ont-ils dit avec fierté, tout cela appartenait aux riches et était travaillé par des ouvriers mal payés. La terre a été négligée et les propriétaires ont dû acheter d'énormes quantités d'engrais chimiques, bien qu'ils auraient pu obtenir de meilleurs rendements en nettoyant le sol...» Avec fierté, ils m'ont montré des arbres qui avaient été greffés pour produire de meilleurs fruits.
« Dans de nombreux endroits, j'ai observé des plantes qui poussaient à l'ombre des orangers. C'est quoi ? J'ai demandé. J'ai appris que les paysans du Levant (connus pour leur ingéniosité) ont abondamment planté des pommes de terre parmi les orangeraies. Les paysans manifestent plus d'intelligence que tous les bureaucrates du ministère de l'Agriculture réunis. Ils font plus que simplement planter des pommes de terre. Dans toute la région du Levant, où le sol est approprié, Ils font pousser des récoltes. Ils profitent de la période de quatre mois dans les rizières. Si le ministre de l'Agriculture avait suivi l'exemple de ces paysans dans toute la zone républicaine, le problème de pénurie de pain aurait été surmonté en quelques mois.» [Collectivités anarchistes, p. 153]
Ce n'est qu'un exemple parmi une multitude d'exemples présentés dans les comptes des collectivités industrielles et rurales. Nous avons déjà noté quelques exemples d'améliorations de l'efficacité réalisées par la collectivisation pendant la Révolution espagnole (Chapitre I.4.10) . Un autre exemple était l'industrie de la boulangerie. Souchy a déclaré que, « Dans le reste de l'Espagne, le pain et les gâteaux de Barcelone ont été cuits principalement la nuit dans des centaines de petites boulangeries. La plupart étaient dans des caves humides et sombres infestées de cacahuètes et de rongeurs. Toutes ces boulangeries ont été fermées. Des pains et des gâteaux de meilleure qualité ont été cuits dans de nouvelles boulangeries équipées de nouveaux fours modernes et d'autres équipements.» [Opération Cit., p. 82] A Granollers, le syndicat "était en tout temps une force motrice. Toutes sortes d'initiatives tendant à améliorer le fonctionnement et la structure de l'économie locale pourraient lui être attribuées.». Les industries collectivisées de la coiffure, de la chaussure, du travail du bois et de l'ingénierie ont toutes été améliorées, les petits lieux de travail malsains et inefficaces ont étés fermés et remplacés par des établissements plus grands, plus agréables et efficaces."La socialisation va de pair avec la rationalisation." [Gaston Leval, Les collectivités dans la révolution espagnole, p. 287]. Pour plus d'informations, voir Chapitre I.8.6 ainsi que le Chapitre C.2.8 (dans lequel nous présentons d'autres exemples en réfutant l'idée que le contrôle des travailleurs étoufferait l'innovation).
Les preuves substantielles disponibles, dont ces exemples ne sont qu'un petit nombre, montrent que les membres des collectifs ont montré une prise de conscience profonde de l'importance de l'investissement et de l'innovation pour augmenter la production, pour rendre le travail plus léger et plus intéressant. et que les collectivités permettent que cette conscience s'exprime librement. Les collectivités indiquent que, compte tenu de cette chance, chacun s'intéressera à ses propres affaires et exprimera son désir d'utiliser son esprit pour améliorer sa vie et son environnement. En fait, le capitalisme fausse ce que l'innovation est sous la hiérarchie en l'orientant uniquement vers la façon d'économiser de l'argent et de maximiser le profit des investisseurs, en ignorant d'autres questions, plus importantes. Comme Gaston Leval l'a suggéré, l'autogestion a encouragé l'innovation :
"Les théoriciens et partisans de l'économie libérale affirment que la concurrence stimule l'initiative et, par conséquent, l'esprit créatif et l'invention sans laquelle elle reste inactive. De nombreuses observations faites par l'écrivain dans les Collectivités, les usines et les ateliers socialisés lui permettent de prendre le point de vue inverse. Car dans une Collectivité, dans un regroupement où chaque individu est stimulé par le désir d'être au service de ceux qui lui sont familiers, la recherche, le désir de perfection technique, etc., sont également stimulés. Mais ils ont aussi pour conséquence que d'autres individus rejoignent ceux qui étaient les premiers à se réunir. De plus, lorsqu'un inventeur individualiste découvre quelque chose dans la société actuelle, il n'est utilisé que par le capitaliste ou l'individu qui l'emploie, alors que dans le cas d'un inventeur vivant dans une communauté, non seulement sa découverte est reprise et développée par d'autres, mais est immédiatement appliquée pour le bien commun. Je suis convaincu que cette supériorité se manifestera très rapidement dans une société socialisée.» [Opération Cit., p. 347]
Par conséquent, les expériences réelles de l'autogestion en Espagne soutiennent ces points voir section I.4.11. Libérés de la hiérarchie, les individus interagiront de manière créative avec le monde pour améliorer leur situation. Car l'esprit humain est un agent actif et à moins d'être écrasé par l'autorité, il ne peut plus cesser de penser et d'agir que la Terre ne peut arrêter de tourner autour du Soleil. De plus, les Collectivités indiquent que l'autogestion permet d'enrichir les idées par la discussion.
L'expérience de l'autogestion a prouvé l'idée de Bakounine que la société est collectivement plus intelligente que l'individu le plus intelligent simplement à cause de la richesse des points de vue, de l'expérience et des pensées qui y sont contenues. Le capitalisme appauvrit les individus et la société par ses frontières artificielles et ses structures d'autorité.
I.8.9 Pourquoi, si cela était si bien, cela n'a-t-il pas survécu ?
Ce n'est pas parce que quelque chose est bon qu'il survivra. Par exemple, le soulèvement du ghetto de Varsovie contre les nazis a échoué mais cela ne signifie pas que le soulèvement était une mauvaise cause ou que le régime nazi était bien, loin de là. De même, si les expériences menées dans l'autogestion des travailleurs et les communes libres dans toute l'Espagne républicaine sont l'une des expériences sociales les plus importantes de société libre jamais entreprise, cela ne peut pas changer le fait que les forces de Franco et les communistes avaient accès à des armes plus nombreuses et de meilleure qualité.
Face à l'agression et au terrorisme de Franco, et derrière lui la puissance militaire de l'Italie fasciste et de l'Allemagne nazie, la trahison des communistes, et l'éloquence des états « démocratiques » occidentaux (dont la politique de « non-intervention » a été étrangement ignorée quand leurs citoyens ont aidé Franco), il est étonnant que la révolution ait duré aussi longtemps qu'elle l'a fait.
Cela n'excuse pas les actions des anarchistes eux-mêmes. Comme on le sait, la CNT a coopéré avec les autres partis et syndicats antifascistes du côté républicain, menant finalement à l'adhésion des anarchistes au gouvernement (voir section suivante). Cette coopération a contribué à assurer la défaite de la révolution. Alors qu'une grande partie du blâme peut être placée au niveau des «chefs» (qui, comme la plupart des dirigeants, ont commencé à se penser irremplaçables), il faut affirmer que les membres de base du mouvement n'ont pas fait grand-chose pour les arrêter. La plupart des anarchistes militants étaient en première ligne (et ainsi exclus des réunions syndicales et collectives) et n'ont donc pas pu influencer leurs collègues (ce n'est pas une surprise que les radicaux "Amis de Durruti", le groupe anarchiste était principalement des ex-miliciens). Cependant, il semble que le mirage de l'unité antifasciste se soit révélé trop important pour la majorité des membres de la CNT (voir Chapitre I.8.12) .
Quelques anarchistes soutiennent encore que le mouvement anarchiste espagnol n'avait pas le choix et que la collaboration (tout en ayant des effets malheureux) était le seul choix disponible. Ce point de vue a été défendu par Sam Dolgoff et trouve un certain soutien dans les écrits de Gaston Leval, August Souchy et d'autres participants à la révolution. Cependant, la plupart des anarchistes aujourd'hui s'opposent à la collaboration et pensent que c'était une terrible erreur (à l'époque, cette position était assumée par la majorité des anarchistes non espagnols plus une grande minorité du mouvement espagnol, devenant une majorité à mesure que les implications de la collaboration devenaient évidentes). Ce point de vue trouve sa meilleure expression dans Vernon Richard Leçons de la révolution espagnole et, en partie, dans des ouvrages tels que Anarchistes dans la révolution espagnole de José Peirats, Organisation anarchiste : L'histoire de la FAI par Juan Gomaz Casas et Durruti dans la révolution espagnole par Abel Paz ainsi que dans une foule de brochures et d'articles écrits par des anarchistes depuis.
Donc, quel que soit le bon système social, des faits objectifs vont surmonter cette expérience. Saturnino Carod (un dirigeant d'une colonne de la CNT, Milice au Front d'Aragón) résume les succès de la révolution ainsi que ses limites objectives :
"Toujours s'attendre à être poignardé dans le dos, sachant toujours que si nous créions des problèmes, seul l'ennemi à travers les lignes se tiendrait à gagner. C'était une tragédie pour le mouvement anarcho-syndicaliste, mais c'était une tragédie pour quelque chose de plus grand - le peuple espagnol. Car on ne peut jamais oublier que c'est la classe ouvrière et la paysannerie qui, en démontrant leur capacité à gérer collectivement l'industrie et l'agriculture, a permis à la république de poursuivre la lutte pendant trente-deux mois. Ce sont eux qui ont créé une industrie de guerre, qui ont maintenu l'augmentation de la production agricole, qui ont formé des milices et ont ensuite rejoint l'armée. Sans leur effort créatif, la république n'aurait pas pu mener la guerre. [cité par Ronald Fraser, Sang d'Espagne, p. 394]
Ainsi, quels que soient ses avantages, indépendamment de son accroissement de la liberté et de l'égalité, la révolution a été vaincue. Cela ne devrait pas nous aveugler à ses réalisations ni au potentiel qu'elle a exprimé. Elle devrait plutôt être utilisée à la fois comme source d'inspiration et comme leçon.
As is well know, in September 1936 the C.N.T joined the Catalan government, followed by the central government in November. This followed on from the decision made on July the 21st to not speak of Libertarian Communism until after Franco had been defeated. In other words, to collaborate with other anti-fascist parties and unions in a common front against fascism.
This, initially, involved the C.N.T agreeing to join a "Central Committee of Anti-Fascist Militias" proposed by the leader of the Catalan government, Louis Companys. This committee was made up of representatives of various anti-fascist parties and groups. From this it was only a matter of time until the C.N.T joined an official government as no other means of co-ordinating activities existed (see section I.8.13).
The question must arise, why did the C.N.T decide to collaborate with the state, forsaking its principles and, in its own way, contribute to the counter-revolution and the loosing of the war. This is an important question. Indeed, it is one Marxists always throw up in arguments with anarchists or in anti-anarchist diatribes. Does the failure of the C.N.T to implement anarchism after July 19th mean that anarchist politics are flawed? Or, rather, does the experience of the C.N.T and F.A.I during the Spanish revolution indicate a failure of anarchists rather than of anarchism, a mistake made under difficult objective circumstances and one which anarchists have learnt from? Needless to say, anarchists argue that the latter answer is the correct one. In other words, as Vernon Richards argues, "the basis of [his] criticism is not that anarchist ideas were proved to be unworkable by the Spanish experience, but that the Spanish anarchists and syndicalists failed to put their theories to the test, adopting instead the tactics of the enemy." [Lessons of the Spanish Revolution, p. 14] The writers of this FAQ agree.
So, why did the CNT collaborate with the state during the Spanish Civil War? Simply put, rather than being the fault of anarchist theory (as Marxists like to claim), its roots can be discovered in the situation facing the Catalan anarchists on July 20th. The objective conditions facing the leading militants of the CNT and FAI influenced the decisions they took, decisions which they later justified by mis-using anarchist theory.
What was the situation facing the Catalan anarchists on July 20th? Simply put, it was an unknown situation. Jose Peirats quotes from the report made by the C.N.T to the International Workers Association as follows:
"Levante was defenceless and uncertain . . . We were in a minority in Madrid. The situation in Andalusia was unknown . . . There was no information from the North, and we assumed the rest of Spain was in the hands of the fascists. The enemy was in Aragon, at the gates of Catalonia. The nervousness of foreign consular officials led to the presence of a great number of war ships around our ports." [quoted in Anarchists in the Spanish Revolution, p. 180]
He also notes that:
"According to the report, the CNT was in absolute control of Catalonia in July 19, 1936, but its strength was less in Levante and still less in central Spain where the central government and the traditional parties were dominant. In the north of Spain the situation was confused. The CNT could have mounted an insurrection on its own 'with probable success' but such a takeover would have led to a struggle on three fronts: against the fascists, the government and foreign capitalism. In view of the difficulty of such an undertaking, collaboration with other antifascist groups was the only alternative." [Op. Cit., p. 179]
In the words of the CNT report itself:
"The CNT showed a conscientious scrupulousness in the face of a difficult alternative: to destroy completely the State in Catalonia, to declare war against the Rebels [i.e. the fascists], the government, foreign capitalism, and thus assuming complete control of Catalan society; or collaborating in the responsibilities of government with the other antifascist fractions." [quoted by Robert Alexander, The Anarchists in the Spanish Civil War, vol. 2, p. 1156]
Moreover, as Gaston Leval later argued, given that the "general preoccupation [of the majority of the population was] to defeat the fascists . . . the anarchists would, if they came out against the state, provoke the antagonism . . . of the majority of the people, who would accuse them of collaborating with Franco." Implementing an anarchist revolution would, in all likelihood, also "result . . . [in] the instant closing of the frontier and the blockade by sea by both fascists and the democratic countries. The supply of arms would be completely cut off, and the anarchists would rightly be held responsible for the disastrous consequences." [quoted in The Anarchist Collectives, p. 52 and p. 53]
While the supporters of Lenin and Trotsky will constantly point out the objective circumstances in which their heroes made their decisions during the Russian Revolution, they rarely mention those facing the anarchists in Spain on the 20th of July, 1936. It seems hypocritical to point to the Russian Civil War as the explanation of all of Bolshevism's crimes against the working class (indeed, humanity) while remaining silent on the forces facing the C.N.T-F.A.I at the start of the Spanish Civil War. The fact that if the CNT had decided to implement libertarian communism in Catalonia they would have to face the fascists (commanding the bulk of the Spanish army), the Republican government (commanding the rest) plus those sections in Catalonia which supported it is rarely mentioned. Moreover, when the decision to collaborate was made it was immediately after the defeat of the army uprising in Barcelona -- the situation in the rest of the country was uncertain and when the social revolution was in its early days.
Stuart Christie indicates the dilemma facing the leadership of the CNT at the time:
"The higher committees of the CNT-FAI-FIJL in Catalonia saw themselves caught on the horns of a dilemma: social revolution, fascism or bourgeois democracy. Either they committed themselves to the solutions offered by social revolution, regardless of the difficulties involved in fighting both fascism and international capitalism, or, through fear of fascism (or of the people), they sacrificed their anarchist principles and revolutionary objectives to bolster, to become, part of the bourgeois state . . . Faced with an imperfect state of affairs and preferring defeat to a possibly Pyrrhic victory, the Catalan anarchist leadership renounced anarchism in the name of expediency and removed the social transformation of Spain from their agenda."But what the CNT-FAI leaders failed to grasp was that the decision whether or not to implement Libertarian Communism, was not theirs to make. Anarchism was not something which could be transformed from theory into practice by organisational decree . . . [the] spontaneous defensive movement of 19 July had developed a political direct of its own." [We, the Anarchists!, p. 99]
Given that the pro-fascist army still controlled a third or more of Spain (including Aragon) and that the CNT was not the dominant force in the centre and north of Spain, it was decided that a war on three fronts would only aid Franco. Moreover, it was a distinct possibility that by introducing libertarian communism in Catalonia, Aragon and elsewhere, the workers' militias and self-managed industries would have been starved of weapons, resources and credit. That isolation was a real problem can be seen from De Santillan's later comments on why the CNT joined the government:
"The Militias Committee guaranteed the supremacy of the people in arms . . . but we were told and it was repeated to us endlessly that as long as we persisted in retaining it, that is, as long as we persisted in propping up the power of the people, weapons would not come to Catalonia, now would we be granted the foreign currency to obtain them from abroad, nor would we be supplied with the raw materials for our industry. And since losing the war meant losing everything and returning to a state like that prevailed in the Spain of Ferdinand VII, and in the conviction that the drive given by us and our people could not vanish completely from the new economic life, we quit the Militias Committee to join the Generalidad government." [quoted by Stuart Christie, Op. Cit., p. 109]
It was decided to collaborate and reject the basic ideas of anarchism until the war was over. A terrible mistake, but one which can be understood given the circumstances in which it was made. This is not, we stress, to justify the decision but rather to explain it and place it in context. Ultimately, the experience of the Civil War saw a blockade of Republic by both "democratic" and fascist governments, the starving of the militias and self-managed collectives of resources and credit as well as a war on two fronts when the State felt strong enough to try and crush the CNT and the semi-revolution its members had started. Unfortunately, the anarchist movement did not have a crystal-ball with which to see the future. Ultimately, even faced with the danger of fascism, the liberals, the right-wing socialists and communists preferred to undermine the anti-fascist struggle by attacking the CNT. In this, history proved Durruti totally correct:
"For us it is a matter of crushing Fascism once and for all. Yes, and in spite of the Government."No government in the world fights Fascism to the death. When the bourgeoisie sees power slipping from its grasp, it has recourse to Fascism to maintain itself. The liberal government of Spain could have rendered the fascist elements powerless long ago. Instead it compromised and dallied. Even now at this moment, there are men in this Government who want to go easy on the rebels. You can never tell, you know-- he laughed -- the present Government might yet need these rebellious forces to crush the workers' movement . . .
"We know what we want. To us it means nothing that there is a Soviet Union somewhere in the world, for the sake of whose peace and tranquillity the workers of Germany and China were sacrificed to Fascist barbarians by Stalin. We want revolution here in Spain, right now, not maybe after the next European war. We are giving Hitler and Mussolini far more worry to-day with our revolution than the whole Red Army of Russia. We are setting an example to the German and Italian working class on how to deal with fascism.
"I do not expect any help for a libertarian revolution from any Government in the world. Maybe the conflicting interests of the various imperialisms might have some influence in our struggle. That is quite possible . . . But we expect no help, not even from our own Government, in the last analysis."
"You will be sitting on a pile of ruins if you are victorious," said [the journalist] van Paasen.
Durruti answered: "We have always lived in slums and holes in the wall. We will know how to accommodate ourselves for a time. For, you must not forget, we can also build. It is we the workers who built these palaces and cities here in Spain and in America and everywhere. We, the workers, can build others to take their place. And better ones! We are not in the least afraid of ruins. We are going to inherit the earth; there is not the slightest doubt about that. The bourgeoisie might blast and ruin its own world before it leaves the stage of history. We carry a new world here, in our hearts. That world is growing this minute." [quoted by Vernon Richards, Lessons of the Spanish Revolution, pp. 193-4f]
Isolation, the uneven support for a libertarian revolution across Spain and the dangers of fascism were real problems, but they do not excuse the libertarian movement for its mistakes. As we discuss in sections I.8.11 and I.8.13, the biggest of these mistakes was forgetting basic anarchist ideas and an anarchist approach to the problems facing the Spanish people. If these ideas had been applied in Spain, the outcome of the Civil War and Revolution would have been different.
In summary, while the decision to collaborate is one that can be understood (due to the circumstances under which it was made), it cannot be justified in terms of anarchist theory. Indeed, as we argue in the next section, attempts by the CNT leadership to justify the decision in terms of anarchist principles are not convincing and cannot be done without making a mockery of anarchism.
As we indicated in the
last section, the decision to
collaborate with the state was made by the CNT due to
the fear of isolation. The possibility that by declaring
libertarian communism, the CNT would have had to fight
the Republican government and foreign interventions
as well as the military coup influenced the decision
reached by the militants of Catalan anarchism. They
argued that such a situation would only aid Franco.
Rather than being the product of anarchist ideology,
the decision was made in light of the immediate danger
of fascism and the situation in other parts of the
country. The fact is that the circumstances in which the
decision to collaborate was made are rarely mentioned
by Marxists, who prefer to quote CNT militant Garcia
Oliver's comment from over a year later:
It is this quote, and quotes like it, which is ritualistically
trotted out by Marxists when attacking anarchist ideas. They
argue that they expose the bankruptcy of anarchist theory. So
convinced of this, they rarely bother discussing the problems
facing the CNT after the defeat of the military coup we discussed
in the
last section
nor do they compare these quotes to the
anarchist theory they claim inspired them. There are good
reasons for this. Firstly, if they presented the objective
circumstances the CNT found itself it then their readers
may see that the decision, while wrong, is understandable
and had nothing to do with anarchist theory. Secondly, by
comparing these quotes to anarchist theory they would
soon see how at odds they are with it. Indeed, they invoke
anarchism to justify conclusions the exact opposite of
that theory.
So what can be made of Garcia Oliver's argument?
As Abel Paz notes, "[i]t is clear that the explanations
given . . . were designed for their political effect, hiding
the atmosphere in which these decisions were taken. These
declarations were made a year later when the CNT were
already far removed from their original positions It is also
the period when they had become involved in the policy of
collaboration which lead taking part in the Central
Government. But in a certain way they shed light on the
unknown factors which weighted so heavily on these who
took part in the historic Plenum." [Durruti: The People
Armed, p. 215]
For example, when the decision was made, the revolution
had not started yet. The street fighting had just ended
and the Plenum decided "not to speak about Libertarian
Communism as long as part of Spain was in the hands of
the fascists." [Mariano R. Vesquez, quoted by Paz, Op.
Cit., p.214] The revolution took place from below in
the days following the decision, independently of the
wishes of the Plenum. In the words of Abel Paz:
"Finding the factories deserted, and no instructions
from their unions, they resolved to operate the
machines themselves." [The Spanish Civil War,
pp. 54-5]
The rank and file of the CNT, on their own initiative,
took advantage of the collapse of state power to transform
the economy and social life of Catalonia. Paz stresses
that "no orders were given for expropriation or
colectivisation -- which proved that the union, which
represented the will of the their members until July 18th,
had now been overtaken by events" and the "union leaders
of the CNT committees were confronted with a revolution
that they had not foreseen . . . the workers and peasants
had bypassed their leaders and taken collective action."
[Op. Cit., p. 40 and p. 56]
As the revolution had not yet begun and the CNT Plenum had
decided not to call for its start, it is difficult to see
how "libertarian communism" (i.e. the revolution) could
"lead to the strangulation of the revolution" (i.e.
libertarian communism). In other words, this particular
rationale put forward by Garica Oliver could not reflect
the real thoughts of those present at the CNT plenum and
so, in fact, was a later justification for the CNT's actions.
Similarly, Libertarian Communism is based on self-management,
by its nature opposed to dictatorship. According to the
CNT's resolution at its congress in Zaragonza in May,
1936, "the foundation of this administration will be the
Commune" which is "autonomous" and "federated at regional
and national levels." The commune "will undertake to
adhere to whatever general norms [that] may be agreed
by majority vote after free debate." It stressed the
free nature of society aimed at by the CNT:
Hardly a picture of "anarchist dictatorship"! Indeed, it
is far more "democratic" than the capitalist state Oliver
describes as "democracy."
Clearly, these often quoted words of Garcia Oliver cannot be
taken at face value. Made in 1937, they present an attempt to
misuse anarchist ideals to defend the anti-anarchist activities
of the CNT leadership rather than a meaningful explanation of
the decisions made on the 20th of July, 1936.
Moreover, the decision made then clearly stated that Libertarian
Communism would be back on the agenda once Franco was defeated.
Oliver's comments were applicable after Franco was defeated
just as much as when they were made. The real reasons for the
decision to collaborate lies elsewhere, namely in the objective
circumstances facing the CNT after the defeat of the army
in Barcelona, July 20th, 1936, and not in anarchist theory.
This can clearly been seen from the report made by the CNT
to the International Workers Association to justify
the decision to forget anarchist theory and collaborate
with bourgeois parties and join the government. The
report states that "the CNT, loyal to its ideals and
its purely anarchist nature, did not attack the forms
of the State, nor try publicly to penetrate or dominate
it . . . none of the political or juridical institutions
were abolished." [quoted by Robert Alexander, The
Anarchists in the Spanish Civil War, vol. 2, p. 1156]
In other words, according to this report, "anarchist" ideals
do not, in fact, mean the destruction of the state, but
rather the ignoring of the state. That this is nonsense,
concocted to justify the CNT leaderships' betrayal of its
ideals, is clear. To do so we just need to look at Bakunin
and Kropotkin and look at the activities of the CNT before
the start of the war.
Bakunin had argued that "the revolution must set out
from the first to radically and totally destroy the State"
and that the "natural and necessary consequence of this
destruction" will include the "dissolution of army, magistracy,
bureaucracy, police and priesthood." Capital would be
expropriated (i.e. the "confiscation of all productive capital
and means of production on behalf of workers' associations,
who are to put them to use") and the state replaced by "the
federative Alliance of all working men's associations" which
"will constitute the Commune." [Michael Bakunin: Selected
Writings, p. 170] Similarly, Kropotkin had stressed that
the "Commune . . . must break the State and replace it
by the Federation." [Words of a Rebel, p. 83]
Thus anarchism has always been clear on what to do with
the state, and it is obviously not what the CNT did to it!
Nor had the CNT always taken this perspective. Before the
start of the Civil War, the CNT had organised numerous
insurrections against the state. For example, in the spontaneous
revolt of CNT miners in January 1932, the workers "seized town
halls, raised the black-and-red flags of the CNT, and declared
communismo liberatario." In Tarassa, the same year, the workers
again "seiz[ed] town halls" and the town "swept by street
fighting." The revolt in January 1933 began with "assaults by
Anarchist action groups . . . on Barcelona's military barracks
. . . Serious fighting occurred in working-class barrios and
the outlying areas of Barcelona . . . Uprising occurred in
Tarassa, Sardanola-Ripollet, Lerida, in several pueblos
in Valencia province, and in Andalusia." In December 1933,
the workers "reared barricades, attacked public buildings,
and engaged in heavy street fighting . . . many villages
declared libertarian communism." [Murray Bookchin, The
Spanish Anarchists, p. 225, p. 226, p. 227 and p. 238]
It seems that the CNT leadership's loyalty to "its ideals
and its purely anarchist nature" which necessitated "not
attack[ing] the forms of the State" was a very recent
development! That enemies of anarchism quote Garcia
Oliver's words from 1937 or from this document and others
like it in order to draw conclusions about anarchist theory
says more about their politics than about anarchism!
As can be seen, the rationales later developed to justify
the betrayal of anarchist ideas and the revolutionary
workers of Spain have no real relationship to anarchist
theory. They were created to justify a non-anarchist
approach to the struggle against fascism, an approach
based on ignoring struggle from below and instead forging
alliances with parties and unions at the top (in the
style of the UGT "Workers' Alliance" the CNT had
correctly argued against before the war).
Rather than trying to cement a unity with other organisations
at the top level, the leadership of the CNT should have
applied their anarchist ideas by inciting the oppressed
to enlarge and consolidate their gains (which they did
anyway). This would have liberated all the potential
energy within the country (and elsewhere), energy that
clearly existed as can be seen from the spontaneous
collectivisations that occurred after the fateful Plenum
of July 20th and the creation of volunteer workers'
militia columns sent to liberate those parts of Spain
which had fallen to Franco.
The role of anarchists, therefore, was that of "inciting
the people to abolish capitalistic property and the
institutions through which it exercises its power for the
exploitation of the majority by a minority" and "to
support, to incite and encourage the development of the
social revolution and to frustrate any attempts by the
bourgeois capitalist state to reorganise itself, which
it would seek to do." This would involve "seeking to
destroy bourgeois institutions through the creation
of revolutionary organisms." [Vernon Richards, Op. Cit.,
p. 44, p. 46 and p. 193]
In other words, to encourage, what Bakunin called
the "federation of the standing barricades," made
up of "delegates . . . vested with binding mandates
and accountable and revocable at all times") which could
have been the initial framework for both defending and
extending the revolution (to "defend the revolution"
a "communal militia" would be organised, the revolution
would "radiate . . . outwards" and communes would
"federate . . . for common defence.") [Michael Bakunin,
No Gods, No Masters, vol. 1, p. 155 and p. 142] The
equivalent of the "Sections" of the French Revolution,
what Kropotkin argued "laid the foundations of a new,
free, social organisation" and expressed "the principles
of anarchism." [The Great French Revolution, vol. 1,
p. 206 and p. 204] Indeed, such an organisation already
existing in embryo in the CNT's barrios defence committees
which had led and co-ordinated the struggle against the
military coup throughout the city.
Later, a delegate meeting from the various workplaces (CNT
and UGT organised as well as unorganised ones) would have to
had been arranged to organise, to again quote Bakunin, "the
federal Alliance of workers associations" which would
"constitute the Commune" and complement the "federation
of the standing barricades." [Op. Cit., p. 155] In more
modern terminology, a federation of workers' councils
combined with a federation of workers' militias and
community assemblies. Without this, the revolution was
doomed as was the war against Franco's forces.
Such a development, applying the basic ideas of anarchism
(and as expounded in the CNT's May resolution on Libertarian
Communism), was not an impossibility. After all, the CNT-FAI
organised something similar in Aragon. The fear that if
libertarian communism was implemented then a civil war
within the anti-fascist forces would occur (so aiding
Franco) was a real one. Unfortunately, the conclusion draw
from that fear, namely to win the war against Franco before
talking about the revolution, was the wrong one. After all,
a civil war within the Republican side did occur, when
the state had recovered enough to do start it. Similarly,
with the fear of a blockade by foreign governments. This
happened away, confirming Durruti's comment that he "did
not expect help for a libertarian revolution from any
government in the world . . . not even from our own
government in the last analysis." [quoted by Vernon
Richards, Op. Cit., p. 194f] Organising a full and proper
delegate meeting in the first days of the revolution would
have allowed these ideas to be discussed by the whole membership
of the CNT and, perhaps, a different decision may have been
reached on the subject of collaboration.
By thinking they could postpone the revolution until after the
war, the CNT leadership made two mistakes. Firstly, they should
have known that their members would hardly miss this opportunity
to implement their ideas so making their decision redundant
(and a statist backlash inevitable). Secondly, they abandoned
their anarchist ideas, failing to understand that the struggle
against fascism would never be effective without the active
participation of the working class. Such participation could
never be achieved by placing the war before the revolution
and by working in top-down, statist structures or within
a state.
Indeed, the mistake made by the CNT, while understandable, cannot
be justified given that their consequences had been predicted by
numerous anarchists beforehand, including Kropotkin decades
previously in an essay on the Paris Commune. In that essay he
refutes the two assumptions of the CNT leadership -- first, of
placing the war before the revolution and, second, that the
struggle could be waged by authoritarian structures or a state.
Kropotkin had explicitly attacked the mentality and logic
begin the official CNT line of not mentioning Libertarian
Communism "until such time as we had captured that part of
Spain that was in the hands of the rebels." Kropotkin had
lambasted those who had argued "Let us first make sure of
victory, and then see what can be done." His comments are
worth quoting at length:
"It was the same with the governmental principle. In proclaiming
the free Commune, the people of Paris proclaimed an essential
anarchist principle . . . If we admit, in fact, that a central
government is absolutely useless to regulate the relations of
communes between each other, why do we grant its necessity to
regulate the mutual relations of the groups that constitute
the Commune? . . . A government within the Commune has no more
right to exist than a government over the Commune." [Words
of a Rebel, p. 97]
Kropotkin's argument was sound, as the CNT discovered. By waiting
until victory in the war they were defeated. Kropotkin also
indicated the inevitable effects of the CNT's actions in
co-operating with the state and joining representative bodies.
In his words:
Which, in a nutshell, was what happened to the leading militants of
the CNT who collaborated with the state. Kropotkin was proved right,
as was anarchist theory from Bakunin onwards.
As Vernon Richards argues, "there can be no excuse" for the CNT's
decision, as "they were not mistakes of judgement but the deliberate
abandonment of the principles of the CNT." [Lessons of the Spanish
Revolution, pp. 41-2] It seems difficult to blame anarchist
theory for the decisions of the CNT when that theory argues the
opposite position.
However, while the experience of Spain confirms anarchist theory
negatively, it also confirms it positively by the Council of
Aragon. The Council of Aragon was created by a meeting of
delegates from CNT unions, village collectives and militia
columns to protect the new society the people of Aragon were
building. Its creation exposes as false the claim that anarchism
failed in during the Spanish Civil War. In Aragon, the CNT did
follow the ideas of anarchism, abolishing both the state and
capitalism. If they had followed this example in Catalonia, the
outcome of the Civil War may have been different.
In spite of opposition from the two Catalan militia leaders, the
Aragonese delegates at the Bujaraloz assembly, encouraged by Durruti,
supported the proposals and the Regional Defence Council of Aragón
was born with the specific objective of implementing libertarian
communism. The meeting also decided to press for the setting up of
a National Defence Committee which would link together a series of
regional bodies that were organised on principles similar to the
one now established in Aragon.
The formation of the Regional Defence Council was an affirmation
of commitment to the principles of libertarian communism. This
principled stand for revolutionary social and economic change
stands at odds with the claims that the Spanish Civil War
indicates the failure of anarchism. After all, in Aragon the
CNT did act in accordance with anarchist theory and its own
history and politics.
Therefore, the activities of the CNT during the Civil
War cannot be used to discredit anarchism although it
can be used to show that anarchists can and do make
terrible decisions in difficult circumstances. That
Marxists always point to this event in anarchist
history is unsurprising, for it was a terrible mistake.
However, to use this to generalise about anarchism
is false as it, firstly, requires a dismissal of
the objective circumstances the decision was made in
(see last section)
and, secondly, it means ignoring
anarchist theory and history. It also gives the impression
that anarchism as a revolutionary theory must be evaluated
purely from one event in its history. The experiences of
the Makhnovists in the Ukraine, the U.S.I and U.A.I.
in the factory occupations of 1920 and fighting fascism
in Italy, the insurrections of the C.N.T. during the
1930s, the Council of Aragon created by the CNT in the
Spanish Revolution and so on, are all ignored when
evaluating anarchism. Hardly convincing, although
handy for Marxists. As is clear from, for example, the
experiences of the Makhnovists and the Council of
Aragon, that anarchism has been applied successfully
on a large scale, both politically and economically,
in revolutionary situations.
As Emma Goldman argued, the "contention that there is
something wrong with Anarchism . . . because the leading
comrades in Spain failed Anarchism seems to be very faulty
reasoning . . . the failure of one or several individuals
can never take away from the depth and truth of an ideal."
[Vision on Fire, p. 299] This is even more the case when
anarchists can point to anarchist theory and other examples
of anarchism in action which fully followed anarchist ideas.
That opponents of anarchism fail to mention these examples
suggests their case against anarchism, based on the experience
of the CNT in the Spanish Civil War, is deeply flawed.
Rather than show the failure of anarchism, the experience
of the Spanish Revolution indicates the failure of anarchists
to apply their ideas in practice. Faced with extremely
difficult circumstances, they compromised their ideas in
the name of anti-fascist unity. Sadly, their compromises
confirmed (rather than refuted) anarchist theory as
they led to the defeat of both the revolution and the
civil war.
A few words have to be said about the development of the
CNT and FAI post 19th of July. It is clear that the CNT and
FAI changed in nature and were the not same organisations as
they were before July 1936. Both organisations became more
centralised and bureaucratic, with the membership excluded
from many major decisions. As Peirats argues:
"This sense of rigorous, everyday federalist procedure was abruptly
amended from the very outset of the revolutionary phase. . . This
amendment of the norms of the organisation was explained away by
reference to the exceptional turn of events, which required a greater
agility of decisions and resolutions, which is to say a necessary
departure from the circuitous procedures of federalist practice
which operated from the bottom upwards." [The CNT in the Spanish
Revolution, vol. 1, p. 213]
In other words, the CNT had become increasingly hierarchical,
with the higher committees becoming transformed into executive
bodies rather than administrative ones ("it is safe to assert
that the significant resolutions in the organisation were
adopted by the committees, very rarely by the mass constituency.
Certainly, circumstances required quick decisions from the
organisation, and it was necessary to take precautions to
prevent damaging leaks. These necessities tempted the committees
to abandon the federalist procedures of the organisation."
[Jose Peirats, Anarchists in the Spanish Revolution, p. 188]).
Ironically, rather than the "anarchist leaders" of the CNT
failing to "seize power" as Trotsky and his followers lament,
they did -- in their own organisations. Such a development
proved to be a disaster and re-enforced the anarchist critique
against hierarchical and centralised organisations. The CNT higher
committees became isolated from the membership, pursued their
own policies and compromised and paralysed the creative work
being done by the rank and file -- as predicted in anarchist
theory. However, be that as it may, as we will indicate below,
it would be false to assert that these higher committees simply
imposed the decision to collaborate on their memberships (as,
for example, Vernon Richards seems to imply in his Lessons
of the Spanish Revolution). While it is true that the
committees presented many decisions as a fait accompli
the rank-and-file of the C.N.T and F.A.I did not simply
follow orders and ratify all decisions blindly.
In any revolutionary situation decisions have to be made fast
and sometimes without consulting the base of the organisation.
However, such decisions must be accountable to the membership
who must discuss and ratify them (this was the policy within
the CNT militias, for example). The experience of the CNT and
FAI in countless strikes, insurrections and campaigns had proven
the decentralised, federal structure was more than capable of
pursuing the class war -- revolution is no exception as it is
the class war in its most concentrated form. In other words, the
organisational principles of the CNT and FAI were more than
adequate for a revolutionary situation.
The centralising tendencies, therefore, cannot be blamed on
the exception circumstances of the war. Rather, it is the
policy of collaboration which explains them. Unlike the
numerous strikes and revolts that occurred before July 19th,
1936, the CNT higher committees had started to work within
the state structure. This, by its very nature, must generate
hierarchical and centralising tendencies as those involved
must adapt to the states basic structure and form. The
violations of CNT policy flowed from the initial decision
to compromise in the name of "anti-fascist unity" and a
vicious circle developed -- each compromise pushed the
CNT leadership further into the arms of the state, which
increased hierarchical tendencies, which in turn isolated
these higher committees of the CNT from the masses, which
in turn encouraged a conciliatory policy by those committees.
This centralising and hierarchical tendency did not mean that
the higher committees of the CNT simply imposed their will on
the rest of the organisation. It is very clear that the decision
to collaborate had, initially, the passive support of the majority
of the CNT and FAI (probably because they thought the war would
be over after a few weeks or months). This can be seen from various
facts. As visiting French anarchist Sebastian Faure noted, while
"effective participation in central authority has had the
approval of the majority within the unions and in the groups
affiliated to the FAI, that decision has in many places encountered
the opposition of a fairly substantial minority. Thus there has been
no unanimity." [quoted by Jose Peirats, The CNT in the Spanish
Revolution, vol. 1, p. 183]
In the words of Peirats:
And:
Thus, within the libertarian movement, there was a substantial
minority who opposed the policy of collaboration and made their
opinions known in various publications and meetings. While many
(if not most) revolutionary anarchists volunteered for the
militias and so were not active in their unions as before, there
were various groups (such as Catalan Libertarian Youth, the
Friends of Durruti, other FAI groups, and so on) which were
opposed to collaboration and argued their case openly in the
streets, collectives, organisational meetings and so on. Moreover,
outside the libertarian movement the two tiny Trotskyist groups
also argued against collaboration, as did sections of the POUM.
Therefore it is impossible to state that the CNT membership
were unaware of the arguments against the dominant policy.
Also the Catalan CNT's higher committees, for example, after
the May Days of 1937 could not get union assemblies or plenums
to expel the Friends of Durruti nor to get them to withhold
financial support for the Libertarian Youth, who opposed
collaboration vigorously in their publications, nor
get them to call upon various groups of workers to stop
distributing opposition publications in the public transit
system or with the daily milk. [Abe Bluestein in Gomez Casas's
Anarchist Organisation: The History of the FAI, p. 10]
This suggests that in spite of centralising tendencies, the higher
committees of the CNT were still subject to some degree of popular
influence and control and should not be seen as having dictatorial
powers over the organisation. While many decisions were presented
as fait accompli to the union plenums (often called by the
committees at short notice), in violation of past CNT procedures,
the plenums could not be railroaded into any ratifying any
decision the committees wanted. The objective circumstances
associated with the war against Franco and fascism convinced most
C.N.T. members and libertarian activists that working with other
parties and unions within the state was the only feasible
option. To do otherwise was to weaken the war effort by provoking
another Civil War in the anti-Franco camp. While such a policy
did not work (when it was strong enough the Republican state did
start a civil war against the C.N.T. which gutted the struggle
against fascism) it cannot be argued that it was imposed upon
the membership nor that they did not hear opposing positions.
Sadly, the call for anti-fascist unity dominated the minds of
the libertarian movement.
In the early stages, the majority of rank-and-file militants believed
that the war would be over in a matter of weeks. After all, a few days
had been sufficient to rout the army in Barcelona and other industrial
centres. This inclined them to, firstly, tolerate (indeed, support)
the collaboration of the CNT with the "Central Committee of Anti-Fascist
Militias" and, secondly, to start expropriating capitalism in the
belief that the revolution would soon be back on track (the
opportunity to start introducing anarchist ideas was simply
too good to waste, regardless of the wishes of the CNT Plenum).
They believed that the revolution and libertarian communism, as
debated and adopted by the CNT's Zaragoza Congress of May that
year, was an inseparable aspect of the struggle against economic
and social oppression and proceeded appropriately. The
ignoring of the state, rather than its destruction, was seen as
a short-term compromise, soon to be corrected. Sadly, there were
wrong -- collaboration had a logic all its own, one which got
worse as the war dragged on (and soon it was too late).
Which, we must note indicates the superficial nature of most Marxist
attacks on anarchism using the CNT as the key evidence. After all, it
was the anarchists and anarchist influenced members of the CNT who
organised the collectives, militias and started the transformation
of Spanish society. They did so inspired by anarchism and in an
anarchist way. To praise their actions, while attacking "anarchism",
shows a lack of logic -- it was anarchism which inspired these
actions. Indeed, these actions have more in common with anarchist
ideas than the actions and rationales of the CNT leadership. Thus,
to attack "anarchism" by pointing to the anti-anarchist actions
of a few leaders while ignoring the anarchist actions of the majority
is flawed.
Therefore, to summarise, it is clear that while the internal structure
of the CNT was undermined and authoritarian tendencies increased by
its collaboration with the state, the CNT was not transformed into
a mere appendage to the higher committees of the organisation.
The union plenums could and did reject the calls made by the
leadership of the CNT. Support for "anti-fascist unity" was
widespread among the CNT membership (in spite of the activities
and arguments of large minority of anarchists) and was reflected
in the policy of collaboration pursued by the organisation. While
the CNT higher committees were transformed into a bureaucratic
leadership, increasingly isolated from the rank and file, it
cannot be argued that their power was absolute nor totally at
odds with the wishes of the membership. Ironically, but
unsurprisingly, the divergences from the C.N.T's previous
libertarian organisational principles confirmed anarchist
theory and became a drag on the revolution and a factor in
its defeat.
As we argued in
section I.8.11,
the initial compromise with the
state, the initial betrayal of anarchist theory and CNT policy,
contained all the rest. Moreover, rather than refute anarchism,
the experience of the CNT after it had rejected anarchist theory
confirmed the principles of anarchism -- centralised, hierarchical
organisations hindered and ultimately destroyed the revolution.
The experience of the C.N.T and F.A.I suggests that those,
like Leninists, who argue for more centralisation and for
"democratic" hierarchical structures have refused to understand,
let alone learn from, history. The increased centralisation
within the C.N.T aided and empowered the leadership (a minority)
and disempowered the membership (the majority). Rather than
federalism hindering the revolution, it, as always, was
centralism which did so.
Therefore, in spite of a sizeable minority of anarchists within
the C.N.T and F.A.I arguing against the dominate policy of
"anti-fascist unity" and political collaboration, this policy
was basically agreed to by the C.N.T membership and was not
imposed upon them. The membership of the C.N.T could, and did,
reject suggestions of the leadership and so, in spite of the
centralisation of power that occurred in the C.N.T due to the
policy of collaboration, it cannot be argued that this policy
was alien to the wishes of the rank-and-file.
The most important political lesson learned from the Spanish Revolution
is that a revolution cannot compromise with existing power structures.
In this, it just confirmed anarchist theory.
The Spanish Revolution is a clear example of the old maxim, "those
who only make half a revolution dig their own graves." Essentially,
the most important political lesson of the Spanish Revolution is
that a social revolution will only succeed if it follows an
anarchist path and does not seek to compromise in the name of
fighting a "greater evil." As Kropotin put it, a "revolution
that stops half-way is sure to be soon defeated." [The Great
French Revolution, vol. 2, p. 553]
On the 20th of July, after the fascist coup had been defeated in
Barcelona, the C.N.T. sent a delegation of its members to meet the
leader of the Catalan Government. A plenum of C.N.T union shop
stewards, in the light of the fascist coup, agreed that libertarian
communism would be "put off" until Franco had been defeated (the
rank and file ignored them and collectivised their workplaces).
They organised a delegation to visit the Catalan president
to discuss the situation:
The C.N.T committee members used their new-found influence in the
eyes of Spain to unite with the leaders of other organisations/parties
but not the rank and file. This process lead to the creation of the
"Central Committee of Anti-Fascist Militias", in which political
parties as well as labour unions were represented. This committee
was not made up of mandated delegates from workplaces, communities
or barricades, but of representatives of existing organisations,
nominated by committees. Instead of a genuine confederal body (made
up of mandated delegates from workplace, militia and neighbourhood
assemblies) the C.N.T. created a body which was not accountable to,
nor could reflect the ideas of, ordinary working class people
expressed in their assemblies. The state and government was not
abolished by self-management, only ignored.
This first betrayal of anarchist principles led to all the rest,
and so to the defeat of the revolution and the civil war. As Emma
Goldman argued, the Spanish anarchists had "come to realise that
once they went into the so-called united-front, they could do
nothing else but go further. In other words, the one mistake,
the one wrong step inevitably led to others as it always does.
I am more than ever convinced that if the comrades had remained
firm on their own grounds they would have remained stronger than
they are now. But I repeat, once they had made common cause for
the period of the anti-Fascist war, they were driven by the
logic of events to go further." [Vision on Fire, pp. 100-1]
The most obvious problem, of course, was that collaboration with
the state ensured that a federation of workers' associations
could not be created to co-ordinate the struggle against fascism
and the social revolution. As Stuart Christie argues, "[b]y
imposing their leadership from above, these partisan committees
suffocated the mushrooming popular autonomous revolutionary
centres -- the grass-roots factory and local revolutionary
committees -- and prevented them from proving themselves
as an efficient and viable means of co-ordinating communications,
defence and provisioning. They also prevented the Local
Revolutionary committees from integrating with each other
to form a regional, provincial and national federal network
which would facilitate the revolutionary task of social
and economic reconstruction." [We, the Anarchists!,
pp. 99-100]
Without such a federation, it was only a matter of time before
the C.N.T joined the bourgeois government.
Rather than being an example of "dual power" as many
Trotskyists maintain, the "Central Committee of Anti-Fascist
Militias" created on July 20th, 1936, was, in fact, an organ
of class collaboration and a handicap to the revolution. Stuart
Christie was correct to call it an "artificial and hybrid
creation," a "compromise, an artificial political solution,
an officially sanctioned appendage of the Generalidad
government" which "drew the CNT-FAI leadership inexorably
into the State apparatus, until then its principal enemy."
[Op. Cit., p. 105] Only a true federation of delegates from
the fields, factories and workplaces could have been the
framework of a true organisation of (to use Bakunin's
expression) "the social (and, by consequence, anti-political)
power of the working masses." [Michael Bakunin: Selected
Writings, pp. 197-8]
Therefore, the C.N.T forgot a basic principle of anarchism,
namely "the destruction . . . of the States." Instead, like
the Paris Commune, the C.N.T thought that "in order to combat
. . . reaction, they had to organise themselves in reactionary
Jacobin fashion, forgetting or sacrificing what they themselves
knew were the first conditions of revolutionary socialism." The
real basis of the revolution, the basic principle of anarchism,
was that the "future social organisation must be made solely
from the bottom upwards, by the free association or federation
of workers, firstly in their unions, then in communes, regions,
nations and finally in a great federation, international and
universal." [Bakunin, Op. Cit., p. 198, p. 202 and p. 204] By
not doing this, by working in a top-down compromise body rather
than creating a federation of workers' councils, the C.N.T
leadership could not help eventually sacrificing the revolution
in favour of the war.
Of course, if a full plenum of CNT unions and barrios
defence committees, with delegates invited from UGT and
unorganised workplaces, had taken place there is no
guarantee that the decision reached would have been in
line with anarchist theory. The feelings for antifascist
unity were strong. However, the decision would have been
fully discussed by the rank and file of the union, under
the influence of the revolutionary anarchists who were
later to join the militias and leave for the front. It
is likely, given the wave of colllectivisation and what
happened in Aragon, that the decision would have been
different and the first step would have made to turn
this plenum into the basis of a free federation of
workers associations -- i.e. the framework of an
anarchist and self-managed society -- which could have
smashed the state and ensured no other appeared to
take its place.
The basic idea of anarchism, the need to create a federation of
workers councils, was ignored. In the name of "antifascist" unity,
the C.N.T worked with parties and classes which hated both them
and the revolution. In the words of Sam Dolgoff "both before and
after July 19th, an unwavering determination to crush the
revolutionary movement was the leitmotif behind the policies
of the Republican government; irrespective of the party in
power." [The Anarchist Collectives, p. 40] Without creating
a means to organise the "social power" of the working class,
the CNT was defenceless against these parties once the state
had re-organised itself.
To justify their collaboration, the leaders of the C.N.T-F.A.I argued
that not collaborating would have lead to a civil war within the civil
war, so allowing Franco easy victory. In practice, while paying lip
service to the revolution, the Communists and republicans attacked
the collectives, murdered anarchists, cut supplies to collectivised
industries (even war industries) and disbanded the anarchist militias
after refusing to give them weapons and ammunition (preferring to arm
the Civil Guard in the rearguard in order to crush the C.N.T. and so the
revolution). By collaborating, a civil war was not avoided. One occurred
anyway, with the working class as its victims, as soon as the state felt
strong enough.
Garcia Oliver (the first ever, and hopefully last, "anarchist" minister
of justice) stated in 1937 that collaboration was necessary and that the
C.N.T. had "renounc[ed] revolutionary totalitarianism, which would lead to
the strangulation of the revolution by anarchist and Confederal [C.N.T.]
dictatorship. We had confidence in the word and in the person of a Catalan
democrat" Companys (who had in the past jailed anarchists). Which means that
only by working with the state, politicians and capitalists can an anarchist
revolution be truly libertarian! Furthermore, in the words of Vernon Richards:
"All the initiative . . . was in the hands of the workers. The
politicians were like generals without armies floundering in a
desert of futility. Collaboration with them could not, by any
stretch of the imagination, strengthen resistance to Franco.
On the contrary, it was clear that collaboration with political
parties meant the recreation of governmental institutions and the
transferring of initiative from the armed workers to a central
body with executive powers. By removing the initiative from the
workers, the responsibility for the conduct of the struggle and
its objectives were also transferred to a governing hierarchy,
and this could not have other than an adverse effect on the morale
of the revolutionary fighters." [Lessons of the Spanish Revolution,
p. 42]
The dilemma of "anarchist dictatorship" or "collaboration" raised
in 1937 was fundamentally wrong. It was never a case of banning
parties, and other organisations under an anarchist system, far
from it. Full rights of free speech, organisation and so on should
have existed for all but the parties would only have as much
influence as they exerted in union, workplace, community and
militia assemblies, as should be the case! "Collaboration" yes,
but within the rank and file and within organisations organised
in an anarchist manner. Anarchism does not respect the "freedom"
to be a boss or politician.
In his history of the F.A.I., Juan Gomaz Casas (an active F.A.I.
member in 1936) makes this clear:
Instead of this "collaboration" from the bottom up, by means
of a federation of workers' associations, community assemblies
and militia columns as argued for by anarchists from Bakunin
onwards, the C.N.T. and F.A.I. committees favoured "collaboration"
from the top down. The leaders ignored the state and co-operated
with other trade unions officials as well as political parties in
the Central Committee of Anti-Fascist Militias. In other words,
they ignored their political ideas in favour of a united front
against what they considered the greater evil, namely fascism.
This inevitably lead the way to counter-revolution, the destruction
of the militias and collectives, as they was no means by which
these groups could co-ordinate their activities independently
of the state.
In particular, the continued existence of the state ensured that
economic confederalism between collectives (i.e. extending the
revolution under the direction of the syndicates) could not
develop naturally nor be developed far enough in all places.
Due to the political compromises of the C.N.T. the tendencies
to co-ordination and mutual aid could not develop freely
(see next section).
It is clear that the defeat in Spain was due to a failure not of
anarchist theory and tactics but a failure of anarchists to apply
their theory and tactics. Instead of destroying the state, the
C.N.T.-F.A.I. ignored it. For a revolution to be successful it
needs to create organisations which can effectively replace the
state and the market; that is, to create a widespread libertarian
organisation for social and economic decision-making through
which working class people can start to set their own agendas.
Only by going this route can the state and capitalism be
effectively smashed.
In building the new world we must destroy the old one. Revolutions
are authoritarian by their very nature, but only in respect to
structures and social relations which promote injustice, hierarchy
and inequality. It is not "authoritarian" to destroy authority and
not tyrannical to dethrone tyrants! Revolutions, above all else,
must be libertarian in respect to the oppressed. That is, they
must develop structures that involve the great majority of the
population, who have previously been excluded from decision-making
about social and economic issues. As such, a revolution is the
most libertarian thing ever.
As the Friends of Durruti argued a "revolution requires the absolute
domination of the workers' organisations." ["The Friends of Durruti
accuse", from Class War on the Home Front, p. 34] Only this, the
creation of viable anarchist social organisations, can ensure that
the state and capitalism can be destroyed and replaced with a just
system based on liberty, equality and solidarity. Just as Bakunin,
Kropotkin and a host of other anarchist thinkers had argued decades
previously.
Thus the most important lesson gained from the Spanish Revolution
is simply the correctness of anarchist theory on the need to
organise the "social power" of the working class by a free
federation of workers associations to destroy the state. Without
this, no revolution can be lasting. As Gomez Casas correctly
argues, "if instead of condemning that experience [of collaboration],
the movement continues to look for excuses for it, the same
course will be repeated in the future . . . exceptional
circumstances will again put . . . anarchism on [its] knees
before the State." [Op. Cit., p. 251]
The second important lesson is on the nature of anti-fascism. The
C.N.T. leadership, along with many (if not most) of the rank-and-file,
were totally blinded by the question of anti-fascist unity, leading
them to support a "democratic" state against a "fascist" one. While
the basis of a new world was being created around them by the working
class, inspiring the fight against fascism, the C.N.T. leaders
collaborated with the system that spawns fascism. Indeed, while
the anti-fascist feelings of the CNT leadership were sincere, the
same cannot be said of their "allies" (who seemed happier attacking
the gains of the semi-revolution than fighting fascism). As the
Friends of Durruti make clear, "Democracy defeated the Spanish
people, not Fascism." [Class War on the Home Front, p. 30]
To be opposed to fascism is not enough, you also have to be
anti-capitalist. As Durruti stressed, "[n]o government in the
world fights fascism to the death. When the bourgeoisie sees
power slipping from its grasp, it has recourse to fascism
to maintain itself." [quoted Vernon Richards, Op. Cit.,
p. 193f]
In Spain, anti-fascism destroyed the revolution, not fascism. As
the Scottish Anarchist Ethal McDonald argued at the time, "Fascism
is not something new, some new force of evil opposed to society, but
is only the old enemy, Capitalism, under a new and fearful sounding
name . . . Anti-Fascism is the new slogan by which the working class
is being betrayed." [Workers Free Press, Oct 1937]
Thirdly, the argument of the CNT that Libertarian Communism
can wait until after the war was a false one. Fascism can only
be defeated by ending the system that spawned it (i.e. capitalism).
In addition, in terms of morale and inspiration, the struggle
against fascism could only be effective if it was also a struggle
for something better -- namely a free society. To fight fascism
for a capitalist democracy which had repressed the working class
would hardly inspire those at the front. Similarly, the only hope
for workers' self-management was to push the revolution as far
as possible, i.e. to introduce libertarian communism while
fighting fascism. The idea of waiting for libertarian communism
ultimately meant sacrificing it for the war effort.
Fourthly, the role of anarchists in a social revolution is to
always encourage organisation "from below" (to use one of
Bakunin's favourite expressions), revolutionary organisations
which can effectively smash the state. Bakunin himself argued
(as noted above) in favour of workers' councils, complemented
by community assemblies (the federation of the barricades) and
a self-managed militia. This model is still applicable today
and was successfully applied in Aragon by the CNT.
Therefore, the political lessons gained from the experience of the
C.N.T come as no surprise. They, in general, confirm anarchist theory.
As Bakunin argued, no revolution is possible unless the state is smashed,
capital expropriated and a free federation of workers' associations
created as the framework of libertarian socialism. Rather than
refuting anarchism, the experience of the Spanish Revolution confirms
it.
The most important lesson from the revolution is the fact that ordinary
people took over the management of industry and did an amazing job of
keeping (and improving!) production in the face of the direst circumstances.
Not only did workers create a war industry from almost nothing in Catalonia,
they also improved working conditions and innovated with new techniques and
processes. The Spanish Revolution shows that self-management is possible
and that the constructive powers of ordinary people inspired by an
ideal can transform society.
From the point of view of individual freedom, its clear that self-management
allowed previously marginalised people to take an active part in the decisions
that affected them. Egalitarian organisations provided the framework for a
massive increase in participation and individual self-government, which
expressed itself in the extensive innovations carried out by the Collectives.
The Collectives indicate, in Stirner's words, that "[o]nly in the union can
you assert yourself as unique, because the union does not possess you, but
you possess it or make it of use to you." [The Ego and Its Own, p. 312]
A fact Emma Goldman confirmed from her visits to collectives and
discussions with their members:
As predicted in anarchist theory, and borne out by actual experience, there
exists large untapped reserves of energy and initiative in the ordinary
person which self-management can call forth. The collectives proved
Kropotkin's argument that co-operative work is more productive and that if
the economists wish to prove "their thesis in favour of private property
against all other forms of possession, should not the economists demonstrate
that under the form of communal property land never produces such rich
harvests as when the possession is private. But this they could not prove;
in fact, it is the contrary that has been observed." [The Conquest of Bread,
p. 146]
Therefore, five important lessons from the actual experience of a libertarian
socialist economy can be derived:
Firstly, that an anarchist society cannot be created overnight, but is a
product of many different influences as well as the objective conditions.
In this the anarchist collectives confirmed the ideas of anarchist
thinkers like Bakunin and Kropotkin (see
section I.2).
The lesson from every revolution is that the mistakes made in the process
of liberation by people themselves are always minor compared to the results
of creating institutions for people. The Spanish Revolution is a clear
example of this, with the "collectivisation decree" causing more harm than
good. Luckily, the Spanish anarchists recognised the importance of having
the freedom to make mistakes, as can be seen by the many different forms
of collectives and federations tried.
The actual process in Spain towards industrial co-ordination and so
socialisation was dependent on the wishes of the workers involved --
as would be expected in a true social revolution. As Bakunin argued,
the "revolution should not only be made for the people's sake; it
should also be made by the people." [No Gods, No Masters, vol. 1,
p. 141] The problems faced by a social revolution will be solved
in the interests of the working class only if working class people
solve them themselves. For this to happen it requires working class
people to manage their own affairs directly -- and this implies
anarchism, not centralisation or state control/ownership. The
experience of the collectives in Spain supports this basic idea
of anarchism.
Secondly, that self-management allowed a massive increase in innovation
and new ideas.
The Spanish Revolution is clear proof of the anarchist case against
hierarchy and validates Isaac Puente words that in "a free collective
each benefits from accumulated knowledge and specialised experiences of
all, and vice versa. There is a reciprocal relationship wherein information
is in continuous circulation." [cited in The Anarchist Collectives, p. 32]
Thirdly, the importance of decentralisation of management.
The woodworkers' union experience indicates that when an industry becomes
centralised, the administration of industry becomes constantly merged in fewer
hands which leads to ordinary workers being marginalised. This can happen even
in democratically run industries and soon result in apathy developing within
it. This was predicted by Kropotkin and other anarchist theorists (and by
many F.A.I. members in Spain at the time). While undoubtedly better than
capitalist hierarchy, such democratically run industries are only close
approximations to anarchist ideas of self-management. Importantly, however,
the collectivisation experiments also indicate that co-operation need not
imply centralisation (as can be seen from the Badelona collectives).
Fourthly, the importance of building links of solidarity between workplaces
as soon as possible.
While the importance of starting production after the fascist uprising
made attempts at co-ordination seem of secondary importance to the
collectives, the competition that initially occurred between workplaces
helped the state to undermine self-management. Because there was no
People's Bank or other communistic body to co-ordinate credit and
production, state control of credit and the gold reserves made it
easier for the Republican state (through its monopoly of credit) to
undermine the revolution and control the collectives and (effectively)
nationalise them in time (Durruti and a few others planned to seize the
gold reserves but were advised not to by De Santillan).
This attack on the revolution started when the Catalan State issued a decree
legalising (and so controlling) the collectives in October 1936 (the famous
"Collectivisation Decree"). The counter-revolution also withheld funds for
collectivised industries, even war industries, until they agreed to come
under state control. The industrial organisation created by this decree
was a compromise between anarchist ideas and those of other parties
(particularly the communists) and in the words of Gaston Leval, "the
decree had the baneful effect of preventing the workers' syndicates
from extending their gains. It set back the revolution in industry."
[The Anarchist Collectives, p. 54]
And lastly, that an economic revolution can only succeed if the existing
state is destroyed. As Kropotkin argued, "a new form of economic organisation
will necessarily require a new form of political structure" -- capitalism
needs the state, socialism needs anarchy. [Kropotkin's Revolutionary
Pamphlets, p. 181] Without the new political structure, the new economic
organisation cannot develop to its full potential.
Due to the failure to consolidate the revolution politically, it was
lost economically. The decree "legalising collectivisation" "distorted
everything right from the start" [Collectives in the Spanish Revolution,
p. 227] and helped undermine the revolution by ensuring that the mutualism
of the collectives did not develop freely into libertarian communism ("The
collectives lost the economic freedom they had won at the beginning" due
to the decree, as one participant put it. [Ronald Fraser, Blood of Spain,
p. 230]).
As Fraser notes, it "was doubtful that the C.N.T. had seriously
envisaged collectivisation of industry. . .before this time."
[Op. Cit., p. 212] C.N.T. policy was opposed to the collectivisation
decree. As an eyewitness pointed out, the C.N.T.'s "policy was thus
not the same as that pursued by the decree." [Op. Cit., p. 213]
Indeed, leading anarchists like Abad de Santillan opposed it and
urged people to ignore it:
However, with the revolution lost politically, the C.N.T. was soon forced
to compromise and support the decree (the C.N.T. did propose more libertarian
forms of co-ordination between workplaces but these were undermined by
the state). A lack of effective mutual aid organisations allowed the
state to gain power over the collectives and so undermine and destroy
self-management. Working class control over the economy (important as it
is) does not automatically destroy the state. In other words, the economic
aspects of the revolution cannot be considered in isolation from its
political ones.
However, these points do not diminish the successes of the Spanish
revolution. As Gaston Leval argued, "in spite of these shortcomings
[caused lack of complete socialisation] . . . the important fact
is that the factories went on working, the workshops and works
produced without the owners, capitalists, shareholders and
without high management executives." [Collectives in the Spanish
Revolution, p. 228]
Beyond doubt, these months of economic liberty in Spain show not
only that libertarian socialism works and that working class
people can manage and run society ourselves but that it can
improve the quality of life and increase freedom. Given the
time and breathing space, the experiment would undoubtedly have
ironed out its problems. Even in the very difficult environment
of a civil war (and with resistance of almost all other parties
and unions) the workers and peasants of Spain showed that a
better society is possible. They gave a concrete example of
what was previously just a vision, a world which was more
humane, more free, more equitable and more civilised than
that run by capitalists, managers, politicians and bureaucrats.
I.8.11 Was the decision to collaborate a product of anarchist theory, so showing anarchism is flawed?
"The CNT and the FAI decided on collaboration and democracy,
renouncing revolutionary totalitarianism which would lead to
the strangulation of the revolution by the anarchist and
Confederal dictatorship. We had to choose, between Libertarian
Communism, which meant anarchist dictatorship, and democracy,
which meant collaboration." [quoted by Vernon Richards,
Lessons of the Spanish Revolution, p. 34]
"When the workers reached their workplaces . . . they
found them deserted . . . The major centres of production
had been abandoned by their owners . . . The CNT and
its leaders had certainly not foreseen this situation;
if they had, they had, they would have given appropriate
guidance to the workers when they called off the General
Strike and ordered a return to work. What happened next
was the result of the workers' spontaneous decision to
take matters into their own hands.
"The inhabitants of a commune are to debate among themselves
their internal problems . . . Federations are to deliberate
over major problems affecting a country or province and all
communes are to be represented at their reunions and assemblies,
thereby enabling their delegates to convey the democratic
viewpoint of their respective communes . . . every commune
which is implicated will have its right to have its say . . .
On matters of a regional nature, it is the duty of the regional
federation to implement agreements . . . So the starting point
is the individual, moving on through the commune, to the
federation and right on up finally to the confederation."
[quoted by Jose Peirats, The CNT in the Spanish Revolution,
vol. 1, pp. 106-7]
"Make sure of victory! As if there were any way of transforming
society into a free commune without laying hands upon property!
As if there were any way of defeating the enemy so long as the
great mass of the people is not directly interested in the triumph
of the revolution, in witnessing the arrival it of material, moral
and intellectual well-being for all! They sought to consolidate
the Commune first of all while postponing the social revolution
for later on, while the only effective way of proceeding was
to consolidate the Commune by the social revolution!
"Paris . . . sent her devoted sons to the Hotel-de-Ville [the
town hall]. Indeed, immobilised there by fetters of red tape,
forced to discuss when action was needed, and losing the
sensitivity that comes from continual contact with the masses,
they saw themselves reduced to impotence. Paralysed by their
distancing from the revolutionary centre -- the people --
they themselves paralysed the popular initiative." [Op. Cit.,
pp. 97-8]
I.8.12 Was the decision to collaborate imposed on the CNT's membership?
"In the CNT and among militant anarchists there had been a
tradition of the most scrupulous respect for the deliberations
and decisions of the assemblies, the grassroots of the
federalist organisation. Those who held administrative
office had been merely the mandatories of those decisions.
The regular motions adopted by the National congresses
spelled out to the Confederation and its representative
committees ineluctable obligations of a basic and general
nature incumbent upon very affiliated member regardless of
locality or region. And the forming of such general motions
was the direct responsibility of all of the unions by means of
motions adopted at their respective general assemblies. Similarly,
the Regional or Local Congresses would establish the guidelines
of requirement and problems that obtained only at regional or
local levels. In both instances, sovereignty resided always
with the assemblies of workers whether in their unions or
in their groups.
"Were all of the militants of the same mind? . . . Excepting some
vocal minorities which expressed their protests in their press
organs and through committees, gatherings, plenums and assemblies,
the dismal truth is that the bulk of the membership was in thrall
to a certain fatalism which was itself a direct consequence of the
tragic realities of the war." [Op. Cit., p. 181]
"We have already seen how, on the economic plane, militant anarchism
forged ahead, undaunted, with its work of transforming the economy.
It is not to be doubted -- for to do so would have been to display
ignorance of the psychology of libertarian rank and file of the
CNT -- that a muffled contest, occasionally erupting at plenums and
assemblies and manifest in some press organs broke out as soon as
the backsliding began. In this connection, the body of opinion
hostile to any possible deviation in tactics and principles was
able to count throughout upon spirited champions."
[Op. Cit., p. 210]
I.8.13 What political lessons were learned from the revolution?
"The delegation. . . was intransigent . . . Either Companys
[the Catalan president] must accept the creation of a
Central Committee [of Anti-Fascist Militias] as the ruling
organisation or the C.N.T. would consult the rank and file
and expose the real situation to the workers. Companys
backed down." [Abel Paz, Durruti: the people Armed, p. 216,
our emphasis]
"This argument contains . . . two fundamental mistakes, which many
of the leaders of the CNT-FAI have since recognised, but for which
there can be no excuse, since they were not mistakes of judgement
but the deliberate abandonment of the principles of the CNT. Firstly,
that an armed struggle against fascism or any other form of reaction
could be waged more successfully within the framework of the State
and subordinating all else, including the transformation of the
economic and social structure of the country, to winning the war.
Secondly, that it was essential, and possible, to collaborate with
political parties -- that is politicians -- honestly and sincerely,
and at a time when power was in the hands of the two workers
organisations. . .
"How else could libertarian communism be brought about? It would
always signify dissolution of the old parties dedicated to the idea
of power, or at least make it impossible for them to pursue their
politics aimed at seizure of power. There will always be pockets of
opposition to new experiences and therefore resistance to joining
'the spontaneity of the unanimous masses.' In addition, the masses
would have complete freedom of expression in the unions and in the
economic organisations of the revolution as well as their political
organisations in the district and communities." [Anarchist
Organisation: the History of the F.A.I., p. 188f]
I.8.14 What economic lessons were learned from the revolution?
"I was especially impressed with the relies to my questions as to
what actually had the workers gained by the collectivisation . . .
the answer always was, first, greater freedom. And only secondly,
more wages and less time of work. In two years in Russia [1920-21]
I never heard any workers express this idea of greater freedom."
[Vision on Fire, p. 62]
"I was an enemy of the decree because I considered it premature . . .
when I became councillor, I had no intention of taking into account or
carrying out the decree: I intended to allow our great people to carry
on the task as they best saw fit, according to their own inspiration."
[Op. Cit., p. 212]